Au cœur des galaxies se cachent des trous noirs supermassifs, entourés de disques de gaz et de poussière. Dans ces disques naissent des planètes – les blandes, cousines des exoplanètes que nous connaissons. Si une telle planète s'approche trop près, la gravité du trou noir commence à l'étirer, telle une guimauve cosmique. Les forces de marée allongent la planète en un long filament jusqu'à ce qu'elle se rompe, en émettant un ultime éclat en ultraviolet.
Les blandes sont plus denses que les étoiles, elles résistent donc à une attraction plus forte et se brisent plus près du trou noir. Leurs sursauts durent des heures ou des jours – et grâce à eux, les astronomes, utilisant la spectroscopie, peuvent sonder la rotation du trou noir (courbure de l'espace-temps) et recenser ces mondes invisibles.
Le plus surprenant : parfois, le trou noir n'arrache que les couches externes de la planète. Le noyau survivant poursuit son orbite et peut revenir, produisant un second sursaut – un boomerang cosmique. Ces événements laissent une trace dans les ondes gravitationnelles, captées par des instruments comme LIGO et James Webb. Les idées de Karl Schwarzschild, de Maarten Schmidt (qui a découvert les quasars) et de Kip Thorne nous aident à chercher ces catastrophes silencieuses.
Un trou noir de 10 milliards de masses solaires commence toujours par déchirer la planète plutôt que de l'avaler tout entière – c'est pourquoi nous pouvons observer le sursaut.
Dans « Interstellar », on voit une planète près d'un trou noir ; les vraies blandes, qui naissent dans les disques d'accrétion, sont bien plus froides, mais l'idée n'est déjà plus de la science-fiction.