L'électron et le muon sont de minuscules aimants. Leur magnétisme dépasse légèrement deux (dans des unités particulières), et cet « excès » (le moment magnétique anomal) naît de l'agitation constante du vide : des paires de particules apparaissent et disparaissent en un instant. Chez le muon, un lourd cousin de l'électron, cet excès est plus marqué, ce qui le rend plus sensible à l'inconnu.
L'astuce consiste à additionner les valeurs de l'électron et du muon de manière à soustraire les principales interférences, celles des interactions fortes qui collent le noyau. Comme pour un poste de radio : le bruit s'efface et un signal pur se révèle. Le reste indiquera de nouvelles particules ou forces. L'incertitude chute de 85 %.
Le problème : il faut une précision de joaillier pour mesurer l'excès de l'électron. Les expérimentateurs sont déjà à l'œuvre. Le pionnier fut Julian Schwinger en 1948, et depuis, la précision des mesures a été multipliée par des millions.
Le muon est environ 207 fois plus lourd que l'électron, mais ne vit que 2,2 microsecondes – un véritable papillon de nuit du monde microscopique.