Une personne tend la main à un inconnu à l'autre bout de la ville. Celui-ci ne lui rendra jamais la pareille — ils ne se reverront pas. Pourquoi alors aider ? Les biologistes appellent cela la réciprocité indirecte : le bien ne revient pas de celui qu'on a aidé, mais de quelqu'un d'autre — par une chaîne.
Dans cette nouvelle étude, deux variantes de cette réciprocité s'affrontent. La première est l'aide « en amont » : j'aide parce qu'on m'a aidé. La seconde est « en aval » : j'aide pour que l'on pense du bien de moi. Les auteurs ont construit un modèle informatique où des agents vivent en réseau, comme des habitants d'une ville, et peuvent être égoïstes, aidants par expérience ou par réputation. À chaque tour, quelqu'un change de comportement en s'inspirant de ses voisins. Et là, surprise : tout dépend de la façon dont l'information se propage. Si les nouvelles des actions se répandent instantanément dans tout le réseau, comme des rumeurs dans un petit village, ce sont les aidants par réputation qui l'emportent. Si chacun ne connaît que son cercle proche — les trois types coexistent.
C'est comme régler le volume : trop bas, on n'entend rien ; trop fort, c'est du bruit. Ici, une connectivité modérée crée des îlots de coopération, protégés de l'invasion de l'égoïsme, mais pas complètement isolés. Les auteurs soulignent : bien que la réputation supprime parfois l'expérience personnelle, elle stimule globalement l'entraide. Il suffit de bien agencer les canaux par lesquels circule l'information sur les bonnes actions.
Dans les réseaux sociaux réels, une personne a généralement environ cinq à six contacts proches — presque comme les « six voisins optimaux » du modèle.