Dans un orchestre, les musiciens jouent chacun leur partition sans entendre les autres. Dans un cristal parfait de disulfure de tungstène sur graphène, les excitons — paires liées électron-trou — se comportent de la même manière : ils ne se mélangent presque pas en raison d'une symétrie cachée appelée symétrie de vallée. Les niveaux d'énergie d'un tel système ressemblent à des notes rangées dans des dossiers séparés — le chaos n'est que partiel.
Mais il suffit d'introduire du désordre — par exemple, en déplaçant légèrement les atomes — pour que la symétrie disparaisse. Des bandes plates électroniques apparaissent, agissant comme un catalyseur : les excitons commencent à se mélanger activement entre les vallées. L'orchestre se transforme en ensemble de jazz, où chaque instrument dialogue avec les autres. Le système devient complètement ergodique — son état couvre toutes les possibilités accessibles.
Les chercheurs ont également estimé le temps de Thouless — le temps caractéristique pendant lequel le mélange excitonique couvre toute la largeur de la bande d'énergie. Dans un échantillon désordonné, ce processus est plus rapide. Le matériau en couches devient une plateforme réglable pour étudier le chaos quantique : en modifiant le degré de désordre, on peut passer progressivement d'une dynamique régulière à une dynamique complètement chaotique et observer cela dans les spectres optiques.
La statistique de Porter-Thomas, qui décrit les fluctuations de luminosité des raies spectrales dans un système chaotique, est apparue à l'origine en physique nucléaire pour décrire la distribution des résonances neutroniques.