La caténaire d'un chemin de fer évoque une galaxie : l'énergie s'y propage comme la gravitation, et les trains deviennent des exoplanètes. Plus les convois consomment du courant en même temps, plus les fluctuations de tension s'amplifient — des ondes gravitationnelles parcourent le système, menaçant de provoquer des coupures.
Pour capturer ces rythmes dangereux, des scientifiques ont conçu un réseau de neurones. Il fonctionne comme un spectroscope — l'instrument qui décompose la lumière des étoiles en ses composantes — mais pour les caractéristiques électriques. Le réseau détermine quel paramètre d'un train déforme le plus la courbure de l'espace-temps du réseau, tout comme la masse d'une planète creuse le tissu cosmique (Einstein l'a expliqué au siècle dernier).
Ensuite, toutes les données sur le mouvement et la position relative des convois sont additionnées, ce qui permet de prédire où des vibrations critiques apparaîtront. De même que la matière tombant dans un trou noir perturbe l'équilibre du système, les perturbations électriques peuvent entraîner une défaillance. Un test sur des lignes réelles a montré que la méthode repère les points faibles rapidement et sans des milliers de mesures supplémentaires.
Les oscillations basse fréquence dans la caténaire peuvent parfois s'entendre comme un grondement sourd — c'est le « chant » de dizaines de trains qui se fond en un chœur électrique.
Dans la saga d'Isaac Asimov, « Fondation », des scientifiques prédisaient l'effondrement des empires — ici, le réseau de neurones joue le rôle de psychohistorien pour les systèmes énergétiques.