L'étoile AB Aur est jeune, elle a environ 4 millions d'années. Autour d'elle tourbillonne un disque dense de gaz et de poussière. Récemment, un long bras de gaz s'est écrasé dans ce disque — un flux de matière provenant du nuage environnant. Les astronomes ont pointé le radiotélescope NOEMA sur ce disque et ont constaté que sa chimie n'est pas uniforme : la partie nord sent le soufre, tandis que la partie sud sent les hydrocarbures.
Au nord, là où le bras de gaz est tombé, il y a beaucoup de molécules SO (monoxyde de soufre). Là-bas, le gaz est plus chaud et plus dense. Il semble que l'impact ait réchauffé la poussière, et les grains de glace ont libéré du soufre et de l'oxygène — un peu comme quand on dégivre un congélateur dans une cuisine et que les odeurs deviennent plus fortes. Au sud, au contraire, il y a beaucoup de C2H (une molécule composée de deux atomes de carbone et d'un atome d'hydrogène). Là, la chimie est plus riche en carbone. La raison n'est pas seulement la température : il est possible que le rayonnement ultraviolet de l'étoile ou la chaleur d'une planète en formation décompose des molécules plus complexes, laissant derrière elles des hydrocarbures légers.
L'anneau de molécules CS (disulfure de carbone) reste régulier et froid sur toute sa longueur — c'est comme un étage supérieur du disque, hors de portée des éclaboussures de l'impact. En revanche, HCO+ (ion hydrogénocarbonate) brille intensément là où la poussière s'est agglomérée en un anneau dense. Le rapport des isotopes du carbone 12C et 13C dans la cavité du disque est plus élevé que la normale — un signe certain que le dur ultraviolet de l'étoile détruit sélectivement les molécules plus lourdes.
La comparaison avec des modèles chimiques a montré que dans le secteur sud, riche en hydrocarbures, il y a plus de carbone que d'oxygène dans le gaz. C'est un état rare pour les disques protoplanétaires. Dans le secteur nord, au contraire, l'oxygène est plus abondant — la glace s'est évaporée et s'est mélangée au gaz. Deux mécanismes — la chute de gaz externe et l'influence d'une planète en croissance — dessinent ensemble le portrait chimique du disque, où le nord et le sud diffèrent comme le jour et la nuit. Les futures planètes, naissant dans des conditions si différentes, pourraient hériter de compositions chimiques distinctes.
tel que rédigé par les auteurs, en anglais arXiv:2607.18683
Late infall episodes are emerging as an important driver of disk evolution. Observed as filamentary streamers in molecular lines and scattered light, such accretion perturbs disk structures, yet its chemical consequences remain unconstrained. We present NOEMA 1.2 mm observations of AB Aur, a structured young Herbig disk showing evidence for ongoing infall and planet formation. We detect azimuthal chemical diversity: SO emission is enhanced in the northern disk near the inferred streamer-disk interaction region, while C$$_2$$H peaks on the opposite southern side; CS forms a nearly axisymmetric ring. HCN and HCO$$^+$$ peak near the dust continuum overdensity in the dust ring. Rotational diagram analyses show higher SO rotational temperatures and column densities in the north, whereas CS remains axisymmetric with lower rotational temperatures, suggesting that the species probe different disk layers. For C$$_2$$H, temperature variations may contribute to but cannot fully explain the asymmetries. The HCO$$^+$$/H$$^{13}$$CO$$^+$$ line ratio indicates that HCO$$^+$$ is optically thick across the molecular ring, while the elevated ratio inside the cavity suggests enhanced gas-phase $$^{12}$$C/$$^{13}$$C, consistent with isotope-selective photodissociation. Comparison with chemical models favors gas-phase C/O ratios near or above unity, with higher effective C/O in the C$$_2$$H-bright sector. We discuss two origins for the chemical asymmetries: (i) infall-induced heating and desorption of O-bearing ices enhance SO and lower gas-phase C/O near the streamer's impact site, and (ii) planet-driven substructures and localized heating or enhanced UV irradiation promote hydrocarbon-rich chemistry in the southern disk. These results highlight that environmental accretion and planet formation can jointly imprint azimuthal variations in disk chemistry, with potential impacts on forming planets' compositions.
La molécule SO sur Terre est le dioxyde de soufre, un gaz à l'odeur piquante que l'on perçoit lorsqu'on allume une allumette. Dans le disque d'AB Aur, elle ne sent rien, mais elle sert de marqueur du réchauffement par impact des glaces.