Un interprète sursaute au moindre bruit dans la salle — et une réunion d'une heure s'étire sur deux. Une intonation de travers et le sens change du tout au tout. C'est à peu près ce que vit une particule de spin 3/2 — le gravitino. Elle ne peut pas exister en solitaire : son « discours » doit être parfaitement accordé à son environnement, sinon tout l'édifice s'effondre.
L'auteur de l'étude mène à son terme un argument de longue date : un gravitino sans masse doit faire partie de la supergravité — la théorie où chaque particule a un superpartenaire. Ce n'est pas une conjecture, mais une exigence stricte. Sinon, les amplitudes de diffusion (les descriptions mathématiques des collisions) ne peuvent pas être décomposées en parties cohérentes. Et ce n'est pas tout : pour les particules massives dans les théories à supersymétrie étendue, les règles deviennent encore plus strictes. Par exemple, les bosons vecteurs (porteurs de force) doivent interagir selon les lois des algèbres de Lie — les mêmes qui gouvernent les symétries en physique des particules. L'interaction gravitationnelle entraîne même les graviphotons — les partenaires hypothétiques du graviton — dans ce jeu.
En fin de compte, l'auteur montre que la diffusion du gravitino en supergravité avec symétrie 𝒩≥4 non brisée reconstruit entièrement le mécanisme de super-Higgs — le processus qui confère sa masse au gravitino. Ainsi, l'interprète ne se contente pas d'écouter la salle : à partir des bruits, il reconstruit toute la scène. Les théories où un tel mécanisme est impossible sont tout simplement inviables — le gravitino y « se tait », et la nature les rejette.
Le gravitino est le superpartenaire du graviton, la particule qui transmet la gravité. Si le gravitino existe, sa détection serait une preuve directe de la supersymétrie.
Dans le roman « Spin » de Robert Charles Wilson, une technologie extraterrestre manipule le temps — un peu comme la supersymétrie relie les particules et leurs partenaires dans un schéma unifié.