Dans un détecteur d'ondes gravitationnelles, la lumière parcourt des tunnels de plusieurs kilomètres en se réfléchissant sur des miroirs. Un faisceau parfaitement régulier ressemble à un drap lisse tenu par les coins. Mais qu'un miroir s'incline de la largeur d'un atome, et le drap se plisse : des motifs « parasites » s'éveillent dans le faisceau, des taches lumineuses plus complexes.
Autrefois, on considérait ces plis comme de la poussière. On croyait que la lumière qui s'y trouvait sortait du jeu, et que la sensibilité chutait. Les auteurs de l'article ont construit un modèle où ces motifs ne disparaissent pas, mais se transforment les uns dans les autres. Il s'avère que l'inclinaison des miroirs agit comme un traducteur : elle ne détruit pas le message, elle le réécrit dans une autre langue — celle des modes supérieurs, c'est-à-dire des motifs lumineux plus élaborés.
La grande surprise, c'est l'intrication quantique. Lorsque les miroirs sont inclinés, le mode simple et lisse et les motifs complexes se retrouvent liés par un fil invisible : l'état de l'un répond instantanément à l'état de l'autre. Les auteurs l'ont vérifié avec un critère mathématique rigoureux — la transposition partielle positive. Cette lumière intriquée peut être réutilisée, et non jetée, pour extraire le signal du bruit plus habilement qu'auparavant.
L'inclinaison de l'optique dans un détecteur d'ondes gravitationnelles n'est pas une panne, mais une réorganisation de l'orchestre lumineux. Le chef d'orchestre-laser lève sa baguette, et les instruments-modes ne jouent plus à l'unisson, mais en une polyphonie complexe. Et dans cette polyphonie, on peut entendre ce qui était auparavant noyé.
Les miroirs de LIGO pèsent chacun 40 kilogrammes et sont suspendus à des fils de verre aussi fins qu'un cheveu humain, afin de les isoler des moindres vibrations de la Terre.
Dans le roman « Contact » de Carl Sagan, un signal extraterrestre est capté grâce à un réseau de radiotélescopes, mais la technologie d'amplification quantique pourrait capter le murmure des étoiles elles-mêmes.