Une lampe de poche ordinaire éclaire dans toutes les directions, et après quelques dizaines de mètres, son faisceau s'affaiblit au point d'éclairer à peine un mur. L'atmosphère diffuse la lumière, et le vent ainsi que les courants thermiques la déforment encore davantage. Mais si l'on trace un tube invisible pour la lumière directement dans l'air, le faisceau le suit comme l'eau dans un tuyau.
C'est précisément ce qui a été réalisé à l'aide de courtes impulsions laser. Le laser chauffe brièvement un canal étroit dans l'air, qui se comporte alors comme une lentille : la lumière à l'intérieur ne se disperse plus sur les côtés, mais va de l'avant. Un tel canal est appelé guide d'onde aérien. Auparavant, on ne le créait qu'en laboratoire, sur des distances allant jusqu'à 42 mètres. Désormais, pour la première fois, on est sorti à l'extérieur et on a conduit la lumière sur 100 mètres — par un vent réel atteignant 2 mètres par seconde, par brouillard et par sautes de température. Le canal ne s'est pas effondré.
Les essais ont montré que le principal ennemi d'un tel canal est le vent latéral. Il emporte l'air chauffé sur le côté, et le tube se courbe. Mais même par rafales, le canal restait assez longtemps pour transmettre un signal. Les scientifiques ont combiné l'expérience avec des calculs et ont compris comment le vent raccourcit la vie du guide d'onde. On peut désormais ajuster le mode de fonctionnement du laser en fonction de la météo.
À quoi cela sert-il ? À envoyer de l'énergie ou des communications sur de longues distances sans fils et sans miroirs encombrants. Un drone reçoit son alimentation non pas par câble, mais par un faisceau fin qui ne se disperse même sous la pluie. Ou un navire en mer maintient le contact avec la côte à travers le brouillard. Cent mètres ne sont qu'un premier pas, mais déjà en plein air.
tel que rédigé par les auteurs, en anglais arXiv:2608.10369v1
Optical power densities for standoff spectroscopy, remote sensing, directed energy, and free-space optical communications are limited by diffraction and adverse atmospheric conditions such as turbulence, fog, and wind. Air waveguides, generated by ultrashort-pulsed laser filamentation, are a promising approach for transmission and collection of optical signals over long distances, overcoming beam diffraction and, for point-like sources, inverse square signal falloff with distance. In this work, we demonstrate outdoor guiding for the first time over a record length of ~100 m, exceeding the prior (indoor) record of 42 m. We correlate air waveguide performance to a range of real atmospheric conditions including turbulent refractive index structure parameter ($$C_n^2$$) values up to ~$$2.5\times10^{-14} m^{-2/3}$$, crosswind speeds up to ~2 m/s, as well as temperature, pressure, and humidity variations. Accompanying propagation simulations provide insight into the real effects of these environmental perturbations, particularly crosswind, on waveguide performance and lifetime. Our results pave the way for quasi-continuous air waveguiding with kHz-scale repetition rate filaments in challenging outdoor environments.
La vitesse de la lumière dans un guide d'onde aérien est presque identique à celle dans le vide — le ralentissement est inférieur à un millième de pour cent.
Dans le roman d'Arthur C. Clarke « Lumière des jours lointains », les héros utilisent des trous de ver pour voir à travers tous les obstacles ; le guide d'onde aérien est un pas modeste mais réel vers le contrôle de la lumière dans l'espace.