Une feuille de papier se déchire là où la tension dépasse la résistance. La couche de cellules qui tapisse nos organes se comporte de manière similaire. Mais jusqu'ici, les modèles informatiques ne pouvaient pas montrer comment des ruptures apparaissent en son sein, car ils considéraient toujours le tissu comme continu. Des chercheurs japonais ont ajouté au modèle une opération qui permet aux cellules de se détacher les unes des autres, et ils ont vu pour la première fois comment cela se produit.
Les cellules d'un tissu sont reliées en des points où convergent plusieurs contacts. Lorsque la tension en un tel point devient trop forte, la liaison se rompt. Les chercheurs ont imaginé une règle : si la tension dépasse un seuil, le point se scinde en trois, et un espace se forme entre les cellules, qui apparaît dans le modèle comme un polygone vide. Cet espace ne participe pas à l'élasticité, il représente simplement un trou.
Les chercheurs ont étiré la couche de cellules à différentes vitesses. Lors d'un étirement lent, le tissu restait intact, tandis qu'avec un étirement rapide, des trous et des décollements apparaissaient. Si une fissure était déjà présente dans la couche, même un étirement lent la faisait croître, et ce, le long d'une ligne sinueuse, comme dans un tissu réel. Le modèle peut désormais être utilisé pour étudier la cicatrisation des plaies et prédire la résistance des couches cellulaires.
Le seuil de tension pour déclencher T2-inverse dans le modèle est de 10.0, soit 10 fois la tension linéaire des contacts cellulaires. Cela signifie que pour provoquer une rupture, il faut une contrainte locale très forte.