Au cœur du modèle standard, les champs, telle une musique, donnent le rythme aux particules. Autrefois, les danseurs étaient des fermions, des solitaires qui gardent chacun leurs distances. Leurs mouvements sont donc soit rigides comme des colonnes, soit désordonnés, soit figés dans une bouillie informe. Mais dès qu'on les a remplacés par des bosons (des particules qui aiment se serrer, comme les atomes d'hélium dans un superfluide), la danse s'est transformée.
Là où l'on attendait un méli-mélo selon tous les calculs, des tourbillons au sens alterné sont apparus, formant un ordre parfait en damier. Derrière, une fine couche de liquide, et seulement ensuite le chaos. Ce qui surprend, c'est qu'une structure si fragile soit apparue d'elle-même, sans impulsion extérieure, simplement grâce au changement de « caractère » des particules.
Ce n'est pas qu'un amusement. Les fermions sont capricieux dans les calculs, tandis que les bosons dociles simplifient la modélisation des forces fondamentales. Comme le disait Richard Feynman, la nature n'est pas une erreur, mais une particularité. Et tout est régi par l'entropie, mesure du désordre, chef d'orchestre des transformations.
Les bosons doivent leur nom à Satyendra Nath Bose, qui envoya en 1924 à Einstein un article sur la statistique de la lumière. Ensemble, ils prédirent le condensat de Bose-Einstein, un état où la masse des atomes se fond en une seule particule géante.