Dans les ténèbres de l'espace interstellaire dérivent des millions de planètes vagabondes — des mondes sans attache à aucune étoile. On ne peut presque pas les voir, mais quand un tel vagabond passe devant une étoile lointaine, sa gravité courbe la lumière et crée un instant une loupe cosmique. C'est le microlentillage gravitationnel, prédit par Albert Einstein, et aujourd'hui il révèle ces invisibles par de brefs sursauts de luminosité — comme une ombre qui trahit une flamme furtive.
Les astronomes ont résolu l'énigme en écartant les yeux : un télescope regardait depuis la Terre, un autre depuis l'espace. La différence d'angle de vue (la parallaxe) a donné la distance, et avec elle la masse exacte. L'objet s'est révélé être un géant gazeux léger de 0,22 masse de Jupiter, mais la grande surprise est qu'il est né dans un disque protoplanétaire, comme une planète ordinaire. Ce n'est pas un amas de gaz raté, mais un monde éjecté de son berceau par une fronde gravitationnelle. Et le fait stupéfiant : de tels vagabonds sont peut-être plus nombreux dans la Galaxie que les étoiles.
Dans la Voie lactée, les planètes libres pourraient être plus nombreuses que les étoiles — toute une population silencieuse qui a jusqu'ici échappé à un « recensement » précis.
Dans le film « Melancholia », une planète vagabonde apporte la destruction à la Terre ; les vraies vagabondes, elles, dérivent tranquillement dans l'obscurité, sans menacer personne.