Après une injection sous la peau, le médicament ne se répand pas simplement comme de l'encre dans l'eau. Les molécules d'anticorps portent une charge électrique, et cette charge les fait interagir avec les tissus environnants — un peu comme un aimant attire ou repousse la limaille de fer. Certains anticorps sont chargés positivement, d'autres négativement, et cela détermine la vitesse à laquelle ils atteignent les vaisseaux sanguins et commencent à agir.
Les auteurs de l'étude ont construit un modèle mathématique qui, pour la première fois, combine le mouvement du fluide dans un tissu poreux et les forces électriques entre particules chargées. Ils ont testé le modèle sur deux types d'anticorps avec des charges différentes et comparé les calculs aux données réelles issues d'expériences en laboratoire. Il s'est avéré que la charge influence non seulement la vitesse, mais aussi la profondeur de pénétration : certains anticorps restent près du site d'injection, d'autres s'enfoncent plus loin dans le tissu.
Le modèle prend également en compte d'autres facteurs : l'acidité de la solution, le poids du patient, la profondeur de l'aiguille et la concentration du médicament. Tout cela ensemble détermine quelle fraction du médicament atteindra le sang et à quelle vitesse. Pour les médecins et les pharmaciens, c'est un moyen de calculer à l'avance combien de produit atteindra sa cible, sans avoir à faire des essais supplémentaires sur des humains.
Cette approche rappelle l'accord d'un instrument de musique : on modifie un paramètre, et tout le « son » du traitement change. La charge des anticorps s'est révélée être l'une de ces cordes que l'on touchait à peine auparavant.
Les anticorps monoclonaux sont des protéines que le système immunitaire produit naturellement pour lutter contre une cible spécifique, et qu'en médecine on crée en laboratoire pour les utiliser contre le cancer, les maladies auto-immunes et infectieuses.