Lorsque la main trace une ligne, le regard court presque toujours devant — comme un éclaireur qui jette un œil derrière le virage avant que la colonne ne le prenne. Mais à quelle distance devant ? Il s'avère que cette distance est propre à chaque personne et ne change pas d'un essai à l'autre.
Dans l'expérience, des calligraphes professionnels et des personnes ordinaires ont suivi un contour sur un écran, tandis que des appareils enregistraient les mouvements des yeux et du stylet. Chez certains, le regard devançait la main de 50 millisecondes ; chez d'autres, de 400 millisecondes. Cette fenêtre de prédiction est comme un fuseau horaire personnel : elle est stable pour chaque participant et coïncide avec le moment où la main rattrape le regard. L'œil ne se contente pas de suivre la main ; il se place à l'avance sur le point où la main arrivera à la vitesse appropriée.
Cela signifie que différentes stratégies mènent au même objectif : certains scrutent loin devant, d'autres gardent le regard presque au bout du stylet, mais les deux peuvent fonctionner aussi bien. Le cerveau ne cherche pas une seule manière correcte de faire, mais choisit la plus économique pour le corps donné — c'est le principe de l'intervention minimale dans le contrôle moteur.
Ainsi, « l'écriture du regard » n'est pas un signe de maîtrise, mais une signature du système nerveux : chacun a son propre rythme de prédiction, et il reste avec la personne comme une empreinte digitale.
Chaque personne a un intervalle personnel stable d'avance du regard — de 50 à 400 millisecondes — et il ne change pas d'un essai à l'autre.