Un trou noir en rotation entraîne l'espace-temps, comme une cuillère qui fait tourbillonner un miel épais. Ce tourbillon est une manifestation de la courbure de l'espace-temps. Mais l'essentiel est ailleurs : il peut modifier le rythme quantique de la matière, même là où aucune force n'est présente.
Le coupable est un effet découvert par Yakir Aharonov et David Bohm : le « rythme ondulatoire » d'une particule quantique (appelé phase) peut être décalé par un champ invisible. Les scientifiques ont appliqué cette idée à des paires d'électrons — les principaux vecteurs de la supraconductivité. Près d'un trou noir supermassif (comme Sagittarius A* au centre de notre galaxie), le décalage de phase atteint 10²⁴ radians. Pour comparaison : un tour complet de l'aiguille d'une montre représente environ 6 radians, alors qu'ici, le décalage équivaut à des milliards de tours.
Impossible à vérifier directement pour l'instant, mais le même effet, bien plus faible, est déjà détecté dans des expériences terrestres : là, c'est la rotation de notre planète qui tord l'espace.
Ce décalage est si grand qu'il correspondrait à 10²³ tours complets — des milliards de fois plus que le nombre d'étoiles dans notre galaxie.
Dans le film « Interstellar », les héros ont vu le trou noir Gargantua tordre l'espace lui-même.