Autour de l'étoile Epsilon Indi, visible à l'œil nu depuis l'hémisphère sud, gravite une planète de la taille de Jupiter. Sa température ? Celle d'un bon congélateur : moins 200 degrés Celsius. Le télescope James Webb l'a photographiée directement pour la première fois et a mesuré la lumière qu'elle émet dans l'infrarouge thermique.
La lumière de la planète à la longueur d'onde de 11,3 micromètres s'est révélée nettement plus brillante qu'à 10,6 micromètres. Ce saut est l'empreinte de l'ammoniac dans l'atmosphère. Mais cette trace est plus faible que prévu. Les astronomes soupçonnent des nuages de glace d'eau. Comme un épais rideau devant une fenêtre, ils masquent une partie de la lumière et empêchent de voir ce qui se passe plus profondément.
Si ces nuages de glace existent bien sur cette planète, ils sont probablement courants sur les autres géantes froides. Nos anciens modèles d'atmosphères, où le ciel est toujours clair, devront alors être révisés. De tels nuages peuvent modifier la température, la chimie, et même l'apparence de la planète au télescope.
Les scientifiques veulent maintenant mesurer la lumière de plusieurs autres géantes froides aux mêmes longueurs d'onde. Si la signature de l'ammoniac est atténuée chez toutes, alors les nuages de glace ne sont pas l'exception, mais la règle. Et la question « pourquoi sont-ils ainsi ? » deviendra une nouvelle énigme.
La température sur la planète Eps Ind Ab est d'environ 200 à 300 kelvins, soit de −73 à +27 °C — comme en hiver en Sibérie ou dans un réfrigérateur.
Dans le roman de Stanislas Lem « Solaris », l'océan de la planète cache ses secrets sous des nuages — ici, les nuages de glace masquent aussi la composition de l'atmosphère.