L'Univers n'est pas né dans le silence. Les ondes gravitationnelles primordiales — des ondulations de l'espace-temps — portent encore l'écho de cet événement. On tente de les entendre de deux manières. Les « notes » graves sont captées dans la luminescence résiduelle du Big Bang — la lumière émise 380 000 ans plus tard. Les aiguës, elles, passent par les pulsars, des étoiles à neutrons qui tournent avec une précision supérieure à celle des horloges atomiques : une onde qui les traverse perturbe leur rythme de quelques milliardièmes de seconde.
Lorsqu'on combine les données des télescopes et des pulsars, une incohérence apparaît. Si les pulsars détectent réellement le fond gravitationnel, les oscillations s'intensifient fortement aux hautes fréquences. Cela ne correspond pas aux modèles simples d'inflation — l'expansion ultra-rapide de l'Univers, imaginée par Alan Guth et Andrei Linde. On a l'impression que dans l'orchestre cosmique, ce ne sont plus les basses qui résonnent, mais des flûtes stridentes. Si en revanche les pulsars font du bruit, l'harmonie est préservée.
Si l'on traduisait ce spectre « bleu » des ondes gravitationnelles en son, on n'entendrait pas un grondement grave, mais un sifflement ultrasonique perçant — une sorte de cri de l'Univers nouveau-né.
Dans le film « Interstellar », les héros détectent des anomalies gravitationnelles pour transmettre un message à travers le temps ; les ondes réelles portent des informations sur le moment même de la création.