Le télescope Fermi a enregistré pendant 17 ans le rayonnement gamma des noyaux actifs de galaxies abritant des trous noirs géants en leur centre. La lueur de leurs jets évoque une cacophonie chaotique : elle varie sans cesse. Dans ce bruit, les scientifiques ont trouvé une note immuable — à l'énergie de 1,5 GeV, un pic étroit et absolument stable est apparu dans le spectre (c'est-à-dire la distribution des énergies).
Une telle stabilité est inexplicable pour un rayonnement issu des jets — ils auraient depuis longtemps fait disparaître cette note. En revanche, elle s'inscrit parfaitement dans l'hypothèse de la matière noire : ses particules, en entrant en collision, se transforment en photons gamma, et leur énergie est exactement égale à la masse de la particule. La valeur trouvée de 1,5 GeV indique une masse légèrement supérieure à celle du proton — une coïncidence inattendue, comme si la nature reflétait la matière ordinaire. C'est exactement la signature que Vera Rubin et Fritz Zwicky avaient prédite il y a un demi-siècle. Il est remarquable que le télescope, conçu à l'origine pour détecter les sursauts gamma explosifs, ait plutôt capté une note douce et éternelle.
L'énergie de 1,5 GeV correspond à peu près à la masse au repos du proton — la particule qui constitue les noyaux atomiques.
L'annihilation de la matière noire est un thème favori des auteurs de science-fiction : par exemple, dans « Le Problème à trois corps » de Liu Cixin.