Une casserole en aluminium ordinaire sur une cuisinière n'émet pas de molécules que l'on pourrait piéger avec de la lumière. Mais si l'on prend de l'aluminium et un sel d'aluminium, et qu'on les chauffe ensemble dans un petit four, on obtient un flux de molécules de fluorure d'aluminium — comme un jet de vapeur sortant du bec d'une bouilloire, sauf qu'au lieu de gouttelettes d'eau, ce sont de minuscules particules qui s'envolent.
Ces molécules savent déjà se refroidir au laser, mais auparavant on les produisait autrement : on les arrachait d'une cible à l'aide d'une impulsion laser puissante. Une telle source donne des éclairs brillants mais brefs. Le nouveau four, lui, fonctionne en continu : il émet 5×$10^{15}$ molécules par seconde dans une seule direction — c'est comme si un milliard de bouilloires libéraient simultanément leur vapeur vers un même point. À une température de 923 kelvins (environ 650 °C, juste en dessous du point de fusion de l'aluminium), le flux devient plus dense que celui d'une source pulsée pour certains états moléculaires.
Ensuite, les molécules traversent un gaz de néon froid. Elles y refroidissent jusqu'à 30 kelvins (moins 243 °C) et ralentissent de 600 à 200 mètres par seconde. C'est comme si l'on plongeait un coureur sur une piste brûlante dans un bain de glace : il réduit brusquement son allure.
Une telle source ouvre la voie à un piège magnéto-optique — un dispositif où les molécules sont maintenues par la lumière et un champ magnétique. Et les molécules ultra-froides sont nécessaires pour des horloges de très haute précision, le calcul quantique et la recherche de nouvelles forces de la nature.
La température de 923 kelvins équivaut à presque 650 degrés Celsius ; à cette température, l'aluminium est encore solide, mais il est sur le point de fondre.