Un ordinateur classique trie les données comme une personne qui trierait méthodiquement des grains de sable de différentes couleurs. Le processeur quantique, lui, s'inspire de la nature : de même qu'une goutte d'eau décompose la lumière du soleil en arc-en-ciel, révélant toutes les teintes à la fois, le nouvel algorithme saisit instantanément l'essence de masses d'informations gigantesques. Cette méthode a été baptisée « croquis quantique » : à l'instar de la spectroscopie d'étoiles lointaines, elle met en évidence des régularités cachées dans la poussière cosmique des nombres, en isolant des groupes significatifs — des galaxies de données dont la structure est maintenue par une invisible matière noire de connexions. Seulement 60 qubits — des bits quantiques capables d'être à la fois 0 et 1 — ont suffi pour accomplir cette tâche.
Dès les années 1980, Richard Feynman avait pressenti que la mécanique quantique allait transformer le calcul. Son idée a été concrétisée en appliquant l'algorithme à deux problèmes du monde réel : la lecture du code génétique de cellules individuelles et l'analyse de la tonalité de critiques de films. Le résultat a été obtenu presque instantanément, et les besoins en mémoire ont été réduits de plusieurs dizaines de milliers de fois. De plus, la puce quantique elle-même ne consomme pas plus d'énergie qu'un scintillement de luciole.
Lors du test sur les critiques de films, le système quantique a correctement saisi l'humeur du texte en utilisant seulement 30 qubits — un ordinateur classique aurait eu besoin de près de 10 milliards de bits.
Dans la nouvelle d'Isaac Asimov « La Dernière Question », un superordinateur de la taille d'une ville calcule le destin de l'Univers. Nos travaux montrent que la véritable puissance pourrait se cacher dans un appareil de la taille d'une tasse de thé.