Si vous jetez une poignée de paillettes dans une rivière, certaines suivront le courant, d'autres tournoieront dans de petits remous. Les galaxies de l'Univers font de même : elles ne s'éloignent pas seulement à cause de l'expansion, elles tourbillonnent aussi dans des flux géants, comme des copeaux de bois dans des tourbillons invisibles. Ces tourbillons — la vorticité du gaz cosmique et de la matière noire — sont une trace essentielle de la façon dont l'Univers a grandi et s'est complexifié. Mais les observer directement est presque impossible : il faudrait connaître le mouvement latéral des galaxies, or les télescopes ne mesurent que la vitesse « vers nous » ou « loin de nous ».
Les auteurs de l'étude ont pris un chemin détourné. Ils ont utilisé des simulations informatiques détaillées, où chaque mouvement est connu à l'avance, et ont appris à un réseau de neurones à deviner le flux tridimensionnel à partir d'une carte plate des galaxies. Puis ils lui ont donné les données réelles du Sloan Digital Sky Survey — un immense recensement d'un million et demi de galaxies. Le réseau a reconstruit le champ des vitesses et, pour la première fois, dressé une carte de la vorticité cosmique. On y reconnaît les structures familières : filaments, amas et vides, mais désormais éclairés par le mouvement — des flux en spirale dans les amas, des tourbillons dans les vides.
La vérification a montré que la carte reconstruite est statistiquement indiscernable des prédictions du modèle standard. Mieux : en utilisant ces vitesses pour corriger les distorsions dues à l'expansion de l'Univers, la carte tridimensionnelle des galaxies est devenue presque parfaitement homogène — exactement comme attendu. C'est une confirmation indépendante que notre modèle de l'Univers est correct.
Ainsi, les tourbillons invisibles sont devenus visibles. Le réseau de neurones a joué le rôle de traducteur entre le langage plat des photographies et le langage volumique des forces qui façonnent la toile cosmique. Et il s'avère que cette toile ne reste pas suspendue : elle s'écoule, enroulant les galaxies dans de lentes et majestueuses spirales. Désormais, les astronomes disposent d'un nouvel outil pour regarder là où seules les formules pouvaient auparavant pénétrer.
Les plus grands tourbillons cosmiques découverts dans cette étude s'étendent sur des centaines de millions d'années-lumière — soit des milliers de fois la taille de notre Galaxie.