Un puits sans fond — mais pas tout à fait. Un trou noir ordinaire possède une frontière, l'horizon des événements, au-delà de laquelle rien ne revient. Et si on retirait cette frontière ? C'est précisément un tel objet, nommé JMN-1, que les astrophysiciens ont modélisé : un corps massif issu de l'effondrement d'une étoile, mais sans voile infranchissable. Au lieu d'un horizon, une singularité nue, un point où la matière tombe et où les lois connues de la physique cessent de fonctionner.
Dans la simulation, un flux de plasma a été dirigé vers JMN-1, comme vers le trou noir au centre de la galaxie M87. Autour de la singularité s'est formé un disque incandescent, parcouru de champs magnétiques — exactement comme celui que les astronomes observent autour des vrais trous noirs. La matière ne s'accumulait pas à l'extérieur et n'était pas éjectée, mais atteignait tranquillement le centre. Le taux d'accrétion était d'environ trois millionièmes du maximum possible — autant que ce que l'on prédit pour un trou noir de même masse.
Aujourd'hui, cette lumière est trop faible pour nos instruments, mais les interféromètres radio de la prochaine génération pourront la capter. Les astronomes disposeront alors d'un test fiable : si quelque chose scintille au centre de l'ombre, ce n'est pas un trou noir, mais son audacieux double sans horizon. Ainsi, la nature nous a peut-être laissé un indice pour regarder au-delà des idées reçues — dans ce puits qui, finalement, n'est pas sans fond.
L'objet JMN-1 doit son nom aux initiales des trois physiciens — Joshi, Malafarina et Narayan — qui ont imaginé ce type exotique d'espace-temps dans le cadre de la relativité générale standard.
L'idée de singularité nue est exploitée dans le roman « Singularité » de William Sleator, où les héros tentent d'empêcher l'apparition d'un tel objet près de la Terre.