Le champ magnétique ne pénètre pas dans un supraconducteur comme un flux continu, mais sous forme de filaments fins : les vortex. En général, ils se repoussent et s'organisent en un réseau triangulaire régulier, comme des flotteurs à la surface de l'eau. Mais dans CaSb₂, tout s'est passé différemment : les vortex se sont rassemblés en amas compacts, laissant entre eux des zones presque vides.
Les chercheurs ont mesuré le relief magnétique à l'aide d'un SQUID à balayage — un capteur ultrasensible qui détecte le champ d'un seul vortex comme une oreille capte un murmure dans une pièce silencieuse. Il s'est avéré qu'en bordure des amas, les vortex se déplacent facilement, tandis qu'au cœur, ils restent coincés, comme des grains dans un bocal trop plein : ceux du bord peuvent encore être remués, mais ceux du centre sont bloqués solidement.
Un tel comportement ne peut pas s'expliquer par une simple répulsion. Il semble que dans CaSb₂, à courte distance, les vortex commencent à s'attirer — un effet que l'on n'avait observé auparavant que dans des supraconducteurs multibandes particuliers. Mais ici, il n'y a qu'une seule bande de conduction, et pourtant les amas se forment. La nature nous lance donc un défi : comment une bande unique peut-elle engendrer une danse aussi complexe des vortex ?
Le microscope SQUID à balayage est si sensible qu'il peut détecter un champ magnétique un milliard de fois plus faible que celui de la Terre.
Dans le roman « Blindsight » de Peter Watts, les structures supraconductrices du vaisseau extraterrestre stockent l'information dans des états vortex — de tels amas pourraient devenir des cellules mémoire.