Deux balles suspendues à des fils oscillent côte à côte. Chacune se meut indépendamment, mais un lien invisible les unit : l'attraction des masses. Si la gravité est quantique, elle pourrait les lier en un tout : tirez sur l'une, l'autre réagit, même sans contact.
On pensait auparavant qu'une telle liaison ne pouvait être observée qu'en lâchant des particules en chute libre, comme dans une tour où tout tombe et où l'apesanteur dure quelques secondes. Mais cela complique la tâche des ingénieurs : il est difficile de maintenir les particules en place et d'éviter qu'elles ne heurtent les parois. Il s'avère qu'un pendule en nanotube de carbone (cent mille fois plus fin qu'un cheveu) se comporte presque comme s'il était libre, si l'oscillation est rapide. L'erreur due à son attache croît progressivement, comme le carré du temps, et reste infime pour des impulsions courtes, moins d'un millionième.
Les auteurs ont testé leur calcul sur des pendules faits de tels tubes. La phase, c'est-à-dire l'avance de l'onde dont dépend la visibilité de l'intrication quantique, reste presque intacte. La visibilité des interférences (la netteté des franges qui indique le succès) demeure élevée. Cela signifie que le protocole de Bose–Marletto–Vedral pour tester la gravité quantique peut être mis en œuvre non pas dans un laboratoire spatial, mais sur une table avec des particules suspendues.
Ainsi, le pendule, cet ancien instrument de Galilée, devient une fenêtre sur le monde quantique. La liberté ne réside pas dans l'absence de support, mais dans la rapidité du mouvement.
Les nanotubes de carbone sont si fins que leur diamètre, d'environ un nanomètre, est comparable à la longueur d'une chaîne de dix atomes. Pourtant, ils supportent une tension équivalente au poids d'une voiture sur une section de la taille d'un cheveu humain.
Dans le roman « Le Voleur quantique » de Hannu Rajaniemi, la gravité est utilisée comme outil de calcul quantique. L'expérience décrite ici est un pas vers la réalisation d'une telle possibilité.