Une toupie qui tourne tout en oscillant légèrement : c'est à peu près ainsi que les astronomes imaginent l'étoile à neutrons du système binaire Hercule X-1. Elle effectue une rotation complète sur elle-même en une seconde, mais son axe décrit lentement un cône avec une période de 35 jours. Récemment, l'observatoire spatial IXPE a mesuré comment la polarisation du rayonnement X de l'étoile – autrement dit, la direction d'oscillation des ondes lumineuses – change au cours de ce cycle. Il s'avère qu'elle tourne en synchronie avec le rythme de 35 jours, ce qui ressemble fort à la signature d'une étoile qui se balance.
Si nous avons affaire à une véritable précession libre, alors quelque chose d'étrange se passe à l'intérieur de l'étoile. Une étoile à neutrons n'est pas simplement une boule incandescente. Sa croûte est un réseau cristallin rigide de noyaux atomiques, et à l'intérieur s'écoule un liquide superfluide parcouru de vortex microscopiques. Normalement, ces vortex s'accrochent aux noyaux du réseau, et lorsque la tension s'accumule, ils se détachent – ce qui provoque des à-coups soudains dans la rotation (les glitches). Mais pour que l'étoile se balance pendant des décennies, les vortex doivent rester libres et ne presque pas ressentir de frottement contre le réseau. Un tel accrochage faible semble presque incroyable – comme si l'eau dans un verre ne remarquait pas les parois.
Les chercheurs en concluent : si la précession existe réellement, l'équilibre de l'étoile est maintenu par un équilibre subtil entre les forces internes qui poussent sur l'axe et le couple externe de freinage exercé par la matière qui tombe de l'étoile compagne. Ainsi s'ouvre une nouvelle fenêtre sur la physique des profondeurs superfluides des étoiles à neutrons – un domaine où les effets quantiques se manifestent à l'échelle d'un corps céleste entier.
tel que rédigé par les auteurs, en anglais arXiv:2605.04686
Recent IXPE observations of Her X-1 reveal correlations between flux, polarization degree, and polarization angle across its 35-day superorbital cycle. These measurements have been interpreted as strong evidence that the 35-day period is driven by nearly free precession of the neutron star. We show that this interpretation carries far-reaching implications for the dynamics of the crustal superfluid. In particular, maintaining precession over the $$\sim 50$$-year observational baseline of Her X-1 would require that superfluid vortices remain unpinned for centuries and experience extremely weak mutual friction while traversing the heavy-ion lattice of the inner crust -- conditions that challenge conventional wisdom and standard models of glitch dynamics. Under the condition of weak pinning, nearly free precession of the crust may be sustained by a balance between the internal and external torques.
Le liquide superfluide à l'intérieur d'une étoile à neutrons peut s'écouler sans aucun frottement – si on le mettait en rotation dans un bocal, il tournerait éternellement.