L'Univers est un livre fini. Son expansion accélérée, alimentée par l'énergie noire, scelle les pages lointaines, les transformant en chapitres inaccessibles. L'expansion accélérée dessine un horizon, comme pour un trou noir : ce qui se trouve au-delà est perdu. Mais la nature quantique du texte est encore plus retorse : lire modifie les lettres. John von Neumann a montré que l'observateur ne voit qu'une réponse, pas l'original.
Aussi élégant que soit le modèle de l'Univers, on ne peut pas le vérifier entièrement. Le volume total d'information (son entropie) est grand, mais fini, et seule une petite partie est accessible. Leonard Susskind et Eugene Wigner ont mis en évidence des angles morts fondamentaux pour tout observateur. Rebondissement inattendu : plus on tente de décrire précisément la courbure de l'espace-temps, plus les mesures faussent la vision d'ensemble. Il n'existe pas d'intrigue unique que l'on puisse lire jusqu'à la fin.
Si l'Univers est un livre avec un nombre fini de pages, son entropie totale (mesure de l'incertitude) est semblable au nombre maximal de lettres. C'est pourquoi les scientifiques parlent d'une empreinte « numérique » de la réalité.
La métaphore du livre aux chapitres inaccessibles vient de la nouvelle de Borges « La Bibliothèque de Babel » — là-bas, les héros cherchent le livre absolu, condamnés à une incomplétude éternelle.