Pendant près d'un siècle, l'intérieur de la Terre a été étudié principalement à l'aide d'ondes sismiques, sensibles aux propriétés élastiques de la matière. Ces méthodes ont donné le modèle détaillé PREM, mais elles reposent sur la réponse macroscopique de la matière aux forces gravitationnelles et élastiques. Les neutrinos, prédits par Wolfgang Pauli il y a près d'un siècle, interagissent uniquement par l'interaction faible, ouvrant une fenêtre supplémentaire. Leur capacité à traverser l'épaisseur de la planète, en étant partiellement absorbés selon la densité traversée, rappelle la méthode de spectroscopie de transit utilisée pour étudier les atmosphères des exoplanètes. Seulement ici, au lieu d'une étoile, c'est l'atmosphère, et au lieu d'une planète, c'est la Terre elle-même.
L'analyse repose sur les données collectées par le télescope à neutrinos IceCube, situé au pôle Sud. Le détecteur enregistre le rayonnement Tcherenkov — des éclairs de lumière produits lorsque des particules chargées se déplacent dans la glace plus vite que la lumière dans ce milieu. En mesurant l'atténuation du flux en fonction de l'énergie, les chercheurs appliquent une sorte de spectroscopie de la Terre : différentes énergies de neutrinos sont sensibles à différentes profondeurs. Sur les 368 071 traces enregistrées, issues des interactions des neutrinos, les événements avec des énergies de 500 GeV à 100 TeV ont été sélectionnés. Pour chaque événement, l'énergie et l'angle zénithal, qui détermine la longueur du trajet à travers la Terre, ont été reconstruits. Pour relier l'atténuation observée du flux à la densité, la Terre a été paramétrée comme un ensemble de coquilles concentriques de densité constante. Ensuite, à l'aide de méthodes de Monte-Carlo et d'analyse bayésienne, en faisant varier les paramètres de densité et de nombreuses incertitudes systématiques (y compris les flux de neutrinos, la section efficace d'interaction et les propriétés de la glace), une distribution de probabilité conjointe a été construite.
Le profil radial de densité reconstruit, présenté sur la figure 2, s'est avéré en bon accord avec le modèle sismique standard PREM. La densité du noyau, du manteau et de la croûte, déterminée avec une précision de quelques dizaines de pour cent, se situe dans les limites attendues. Ensuite, à partir de ce profil, la masse de la Terre a été calculée : 7,25×1024 kg (intervalle de confiance à 68 % [6,31, 8,31]×1024 kg), ce qui inclut la valeur mesurée par gravimétrie de 5,97×1024 kg dans l'intervalle à 95 %. De même, le moment d'inertie polaire s'est avéré être de 1,05×1038 kg·m² ([9,04×1037, 1,24×1038] kg·m²), également en accord avec la valeur de référence de 8,01×1037 kg·m². Ce résultat est la mesure la plus précise à ce jour de la structure interne de la Terre utilisant l'interaction faible.
Le succès de la tomographie neutrino ouvre une nouvelle ère en planétologie. Nous pouvons désormais tester les modèles de structure de la Terre sans nous appuyer uniquement sur les ondes élastiques et la gravité. Cette méthode est particulièrement précieuse car elle repose sur une interaction décrite par le modèle standard de la physique des particules avec une grande précision — la section efficace des réactions neutrino-nucléon est déterminée par les propriétés des partons à l'intérieur des protons et des neutrons. Ainsi, la géophysique dispose d'un outil calibré sur la physique de l'infiniment petit. De plus, la tomographie neutrino pourrait à terme être appliquée à d'autres planètes, si des détecteurs suffisamment puissants voient le jour.
L'avenir proche de la méthode est lié à l'augmentation de la statistique et à la réduction des erreurs systématiques. La mise à niveau déjà planifiée d'IceCube et le télescope méditerranéen KM3NeT en construction augmenteront le nombre de neutrinos détectés, en particulier à haute énergie. En parallèle, les données sur les flux de neutrinos atmosphériques et astrophysiques, produits dans des objets tels que les supernovae, les étoiles à neutrons et les pulsars, ainsi qu'à proximité des trous noirs, sont affinées. Des modèles améliorés des effets nucléaires dans les sections efficaces à bas x de Bjorken permettront de réduire les incertitudes liées à l'écrantage des partons dans les noyaux.
La tomographie neutrino aura un impact sur la géophysique, en fournissant une vérification indépendante des modèles de structure interne de la Terre ; sur la physique des particules, en stimulant des mesures plus précises des sections efficaces neutrino-nucléon ; et sur l'astrophysique, car elle nécessite une connaissance détaillée des flux de neutrinos astrophysiques, dont les sources peuvent être des trous noirs en accrétion et des étoiles en explosion.
Les prochaines étapes comprennent l'analyse des données d'IceCube avec un étalonnage amélioré des propriétés de la glace et l'inclusion de l'information sur les oscillations des neutrinos (bien que dans cette gamme d'énergie, elles soient négligeables). Des ajustements conjoints avec d'autres expériences sont également prévus pour réduire les incertitudes sur les sections efficaces.
La tomographie neutrino est directement liée à l'énigme de la composition et de la dynamique du noyau terrestre, qui génère le champ magnétique. Elle peut également aider à comprendre pourquoi Mars, bien que similaire, est dépourvue de champ global. De plus, la méthode sert de pont entre la géophysique et la physique des particules, testant les prédictions du modèle standard dans des conditions de cibles nucléaires massives — la Terre elle-même.
Cette section s'adresse à l'auteur du travail et à ses collègues. Les travaux voisins ont été trouvés par une recherche sémantique dans notre archive, et non par correspondance de mots. Nous n'évaluons pas : nous montrons le champ autour.
Ce que fait ce travail
L'étude utilise les données du télescope à neutrinos IceCube pour reconstruire le profil radial de densité de la Terre. Sur les 368 071 traces enregistrées, les événements avec des énergies comprises entre 500 GeV et 100 TeV ont été sélectionnés, et la densité des enveloppes terrestres a été estimée par des méthodes de Monte-Carlo et d'analyse bayésienne. Le profil obtenu est cohérent avec le modèle PREM, et la masse et le moment d'inertie calculés correspondent aux valeurs de référence dans les limites d'incertitude.
Où est sa force
La force de ce travail réside dans le fait que la tomographie par neutrinos repose sur l'interaction faible, indépendante des propriétés élastiques de la matière, offrant ainsi un canal supplémentaire pour vérifier les modèles de structure de la Terre. Il s'agit de la première mesure de la structure interne de la planète avec une précision de l'ordre de quelques dizaines de pour cent, basée uniquement sur des données de neutrinos.
Vers où avancer
À essayer
Pourquoi cela peut compter
Cette méthode pourrait devenir un outil indépendant pour vérifier les modèles géophysiques et, à terme, un moyen d'étudier la composition et l'histoire thermique de la Terre, sans s'appuyer sur des hypothèses concernant les propriétés élastiques de la matière.
Travaux voisins dans notre archive
L'archive est dense autour de ce travail : 5 analyses voisines, la plus proche à 0.78. Le terrain est fréquenté, et il y a de quoi se comparer.
tel que rédigé par les auteurs, en anglais arXiv:2607.02644v2
The Earth's interior reflects its geological evolution, from accretion to present-day dynamics. Its structure drives the geodynamo in the outer core, generating the magnetic field that shields the surface from charged cosmic radiation. The primary observables of the Earth's interior are its radial density distribution and derived quantities such as its mass and moment of inertia. These have traditionally been inferred from gravity and seismic wave propagation, which probe the macroscopic response of matter to gravitational and elastic forces. Here we instead constrain the Earth's density profile using high-energy neutrinos observed by the IceCube Neutrino Observatory at the South Pole. We analyze 10.7 years of predominantly muon-neutrino data spanning 500 GeV--100 TeV, including atmospheric neutrinos produced by cosmic-ray interactions in the Earth's atmosphere and the diffuse astrophysical neutrino flux. Neutrino attenuation depends on both the traversed column density and neutrino energy. By measuring the zenith- and energy-dependent flux suppression, we infer the Earth's radial density profile by fitting a concentric uniform-density shell model that incorporates neutrino fluxes, interaction cross sections, detector response, and glacial-ice systematic uncertainties. From the resulting density posteriors, we derive the Earth's mass and polar moment of inertia as measured by neutrinos. These are the most precise weak-interaction measurements of these quantities to date and are consistent with the Preliminary Reference Earth Model and independent gravitational determinations. Our results demonstrate that neutrinos provide a novel probe of planetary interiors via a distinct physical interaction, complementing gravity and seismology. With improved detectors and precision, neutrinos will further contribute to a multifaceted understanding of the Earth's structure.
Pour détecter un seul neutrino, il faudrait un mur de plomb d'une épaisseur d'une année-lumière ; pourtant, la Terre est capable d'atténuer le flux de neutrinos de 100 TeV de près de moitié s'ils traversent le noyau.