Dans une supernova ou lors de la collision d'étoiles à neutrons, bouillonne un plasma — une soupe bouillante de noyaux atomiques. Parmi eux, les neutrinos, ces fantômes prédits par Wolfgang Pauli et étudiés par Hans Bethe. Dans cette promiscuité, ils changent brusquement et en synchronie l'un de leurs trois « parfums » — comme des danseurs qui changent de style. Cette oscillation collective détermine le cours de l'explosion et la création des éléments lors de la nucléosynthèse.
Voir cette danse dans les simulations est un défi : la zone où se produit le basculement est de la taille d'une pièce de monnaie, des milliards de fois plus petite que l'étoile. Des physiciens ont entraîné un algorithme d'apprentissage automatique sur des milliers d'exemples simplifiés — comment les neutrinos sont répartis et dans quelle direction ils filent. Le programme devinait le moment à partir d'indices grossiers — la densité globale et le flux. La précision a grimpé jusqu'à 90 % lorsqu'on lui a fourni des données sur les trois parfums : neutrinos électroniques, muoniques et tau. La surprise : sans ces bascules synchrones, l'or et le platine n'auraient jamais vu le jour. Dans les tourbillons des disques d'accrétion, c'est précisément à cet instant que se forgent les noyaux précieux.
Les neutrinos de la supernova de 1987 sont arrivés sur Terre trois heures avant la lumière — comme un messager qui aurait prévenu de l'explosion.