Un flux invisible de particules traverse le corps humain à chaque seconde. Ce sont les neutrinos — de minuscules messagers venus d'étoiles lointaines et de réacteurs terrestres. Les attraper est presque impossible : ils traversent la matière comme une balle traverse le brouillard. Mais les physiciens ont appris à leur tendre des embuscades.
Dans l'expérience NOvA, cette embuscade est un détecteur de plusieurs centaines de tonnes, rempli d'un liquide spécial. Il contient de nombreux atomes d'hydrogène, les plus simples : un proton, un électron. Lorsqu'un antineutrino muonique frappe précisément un proton, deux particules naissent : un muon (un cousin lourd de l'électron) et un neutron. En deux ans de fonctionnement, le détecteur a enregistré 35 509 de ces collisions. C'est comme si vous comptiez les étoiles filantes et en obteniez une armée entière.
La nouvelle mesure donne un nombre : 0,538 × 10⁻³⁸ centimètres carrés. C'est la surface que le neutrino « voit » sur le proton. Elle semble minuscule — et elle l'est. Mais elle est désormais connue avec une précision de quatre chiffres. Auparavant, les impuretés de noyaux lourds dans le détecteur gênaient. Désormais, les scientifiques ont soustrait leur contribution en utilisant des ensembles de données de contrôle distincts. Il reste la principale incertitude : le flux de neutrinos lui-même, qui est encore mesuré moins précisément.
Un résultat aussi précis est comme un outil neuf et bien affûté. Il permettra de vérifier si notre compréhension de l'interaction faible — l'une des quatre forces de la nature — est correcte. Et à l'avenir, si le flux de neutrinos est mieux connu, cette même mesure permettra de l'affiner sans expériences supplémentaires. Ainsi, une chasse aide l'autre.
tel que rédigé par les auteurs, en anglais arXiv:2608.12293v1
We report a measurement of the total cross section for muon antineutrino charged-current quasi-elastic scattering on hydrogen, $$\bar u_\mu {\rm H} \to \mu^+ n$$, in the NOvA near detector using a $$1.2\times10^{21}$$ proton-on-target exposure in the NuMI beam. A selection based on topological and kinematic constraints yields 35,509 signal events in the hydrogen-rich ($$10.8\%$$) detector, providing the highest statistics of (anti)neutrino--hydrogen interactions measured to date. Backgrounds from (anti)neutrino interactions on heavier nuclei are constrained using dedicated data control samples, significantly reducing the related systematic uncertainties. We obtain a value $$\sigma (\bar u_\mu {\rm H} \to \mu^+ n) = 0.538 \pm 0.009 ({\rm stat}) \pm 0.010 ({\rm syst}) \pm0.055 ({\rm flux}) \times 10^{-38}$$ cm$$^2$$ for the total cross section at an average energy of 1.9 GeV, the most precise total cross-section measurement of this process to date. The combined statistical and non-flux systematic uncertainty is more than four times smaller than the flux uncertainty, allowing a future use of this measurement to constrain the absolute $$\bar u_\mu$$ flux.
Chaque seconde, des milliards de neutrinos solaires traversent l'ongle de votre petit doigt, mais au cours d'une vie, seuls un ou deux d'entre eux resteront piégés dans votre corps.
Dans le roman « Solaris » de Stanislas Lem, l'océan de la planète communique avec les humains par l'intermédiaire de neutrinos, qui traversent librement toute barrière.