Un billet de banque collé sur la ligne d'arrivée, et la main file plus vite. Au laboratoire, ce billet a été remplacé par une pièce de 50 pence, et la ligne d'arrivée par une cible à l'écran. Les chercheurs ont invité 28 jeunes et 28 personnes âgées, les ont installés devant la poignée d'un robot et leur ont demandé de conduire un curseur vers la cible. Parfois, la rapidité et la précision étaient payées, parfois non. La question était simple : la récompense appuie-t-elle aussi fort sur la pédale d'accélérateur à tout âge ?
Les jeunes accéléraient davantage sous l'effet de la récompense : leur vitesse maximale grimpait de 22,3 centimètres par seconde, contre seulement 12,9 chez les aînés. Le temps de trajet diminuait de 94,6 millisecondes chez les jeunes, contre 44,4 chez les personnes âgées. La différence est presque du double. Mais la précision de l'arrêt ne souffrait chez personne, et les aînés s'arrêtaient même en moyenne plus précisément que les jeunes. Chez eux, la pédale d'accélérateur s'enfonce plus mollement, mais le volant est tenu plus ferme.
Quand un signal distrayant surgissait sur le trajet, la récompense stimulait les uns comme les autres : le temps de réaction diminuait de la même façon. Mais le prix de la vitesse était commun : les participants se jetaient plus souvent sur une fausse cible, sacrifiant la précision du choix. Ce glissement vers la vitesse au détriment de la précision ne dépendait pas de l'âge. Le vieillissement n'émousse donc pas la réaction à la récompense dans son ensemble : il agit de façon sélective.
Auparavant, on ne savait pas si l'âge affaiblissait la sensibilité à la récompense de la même manière pour le choix de l'action et pour son exécution. On voit désormais que l'exécution, chez les aînés, est moins sensible à l'argent, alors que le choix l'est autant. Ce tableau cadre avec l'idée que les différentes régions du cerveau chargées de la décision et du mouvement vieillissent de façon inégale. Les confirmations neurobiologiques directes manquent encore, mais le tableau comportemental est clair.
Revenons au billet près de la ligne d'arrivée. Le jeune court après à toutes jambes, l'aîné court aussi, mais moins vite. En revanche, tous deux voient aussi bien où courir. La récompense reste une pédale d'accélérateur, simplement, avec l'âge, cette pédale devient dure. Et le volant, heureusement, ne rouille pas.
Les participants âgés s'arrêtaient en moyenne plus précisément que les jeunes, même lorsqu'ils bougeaient plus lentement. Cela confirme une observation de la vie courante : avec l'âge, on préfère souvent la fiabilité à la vitesse.
Non publié sur arXiv. Voici sa page, le PDF et la formalisation : vous pouvez vérifier vous-même, pas seulement lire notre analyse.