L'Antarctique de l'Est est longtemps restée dans l'ombre des pertes de glace spectaculaires de l'ouest du continent, mais c'est ici, sur la Terre de la Reine Maud, que la calotte glaciaire a gagné de la masse entre 2002 et 2019. Pour distinguer la contribution du réchauffement climatique des rythmes climatiques naturels, les scientifiques se tournent vers les carottes de glace : la composition isotopique de l'oxygène y sert de thermomètre du passé. Les travaux antérieurs dans cette région reposaient sur des corrélations et trouvaient un lien avec El Niño et le mode annulaire austral, mais la corrélation ne dit rien sur le sens de l'influence. Deux nouvelles carottes, forées à cent kilomètres de distance, offrent une occasion rare de vérifier à quel point ces relations sont locales.
Les chercheurs ont prélevé deux carottes : FK17 (208 mètres) et TIR18 (262 mètres), forées sur les crêtes des dômes de glace Lokerryggen et Hammarryggen. Sur les 120 mètres supérieurs de chaque carotte, la composition isotopique de l'oxygène δ18O a été mesurée tous les 5 centimètres à l'aide d'un spectromètre laser PICARRO L 2130-i. Les séries temporelles ont été débarrassées du cycle saisonnier et du bruit haute fréquence par analyse spectrale singulière, ne conservant que les modes de périodes comprises entre deux et quinze ans. Ensuite, la méthode de Liang–Kleeman a été appliquée : elle estime le taux de transfert d'information des indices climatiques vers δ18O, en s'appuyant sur la variation de l'entropie de Shannon, ce qui permet de distinguer la cause d'une simple coïncidence. L'analyse a inclus sept indices (SAM, Niño3.4, SOI, PDO, TPI, AMO, DMI) et l'étendue de la glace de mer dans trois secteurs autour des sites de forage.
Les spectres des deux carottes divergent : FK17 présente des pics nets à des périodes de 3, 4, 6, 8 et 10–12 ans, tandis que TIR18 montre des pics plus diffus à 3, 5, 7 et 22–28 ans. L'analyse causale révèle que FK17 est significativement influencée par ENSO, PDO, SAM, DMI et l'étendue de la glace dans les secteurs 0–20°E et 20–40°E. Pour TIR18, les principaux facteurs sont ENSO, PDO, DMI, AMO et l'étendue de la glace dans les secteurs 20–40°E et 40–55°E. Pour la première fois, une influence du dipôle de l'océan Indien est détectée sur des carottes de la Terre de la Reine Maud, ce qui est logique étant donné la position plus orientale de TIR18. L'influence de SAM n'apparaît que sur FK17 et uniquement aux périodes courtes de 3–5 ans, alors qu'ENSO agit sur les deux sites dans les gammes de 2–5 et 7–10 ans. Les différences entre les sites sont attribuées à des sources distinctes de masses d'air : celles qui atteignent TIR18 viennent de directions plus orientales et continentales.
Cette étude s'inscrit dans la lignée des recherches reliant les carottes de glace de la Terre de la Reine Maud à la dynamique climatique à grande échelle, mais elle s'en distingue par sa méthode : au lieu de corrélations, elle applique pour la première fois l'analyse causale de Liang, qui indique le sens de l'influence. Les travaux voisins cherchaient des liens avec ENSO et SAM via des spectres et des ondelettes, tandis que cet article ajoute le dipôle de l'océan Indien et distingue l'influence de différents secteurs de glace de mer. Cela permet non seulement de constater la coïncidence des rythmes, mais d'affirmer que les indices climatiques contrôlent réellement l'enregistrement isotopique, et non l'inverse.
La longueur limitée des séries (1979–2010) ne permet pas d'étudier des périodes supérieures à dix ans, bien que les carottes montrent des traces d'oscillations de vingt ans et plus. Avec des indices climatiques plus longs, il sera possible de séparer les modes multidécennaux naturels de la tendance anthropique. La méthode peut facilement être étendue à d'autres proxys des mêmes carottes : l'excès en deutérium, le bilan de masse, les sulfates non marins et l'acide méthanesulfonique, qui présentent de forts contrastes locaux. L'application d'une version non linéaire de l'analyse causale, actuellement testée sur des modèles idéalisés, est également prometteuse.
Les résultats influenceront l'interprétation des enregistrements paléoclimatiques dans l'Antarctique de l'Est côtier et les reconstitutions de la variabilité passée de la glace de mer.
Appliquer la même analyse causale à d'autres proxys des carottes FK17 et TIR18, ainsi qu'à des séries climatiques plus longues lorsqu'elles seront disponibles.
Pour la climatologie et la glaciologie, la question clé non résolue est de savoir comment séparer la contribution de la variabilité naturelle basse fréquence et celle du réchauffement anthropique dans les tendances de l'Antarctique côtier. Cette étude montre que les enregistrements isotopiques locaux sont contrôlés par différentes combinaisons de modes climatiques, ce qui doit être pris en compte lors du calibrage des proxys de température.
Cette section s'adresse à l'auteur du travail et à ses collègues. Les travaux voisins ont été trouvés par une recherche sémantique dans notre archive, et non par correspondance de mots. Nous n'évaluons pas : nous montrons le champ autour.
Ce que fait ce travail
Cette étude applique la méthode de Liang–Kleeman à deux carottes de glace de la Terre de la Reine Maud afin de mettre en évidence les relations causales entre la composition isotopique de l'oxygène et sept indices climatiques, ainsi que la superficie de la glace de mer dans trois secteurs. L'analyse spectrale a révélé des différences dans les périodes d'oscillation entre les sites, et l'analyse causale a montré que, pour FK17, les influences significatives proviennent de l'ENSO, de l'PDO, du SAM, du DMI et de la superficie de glace dans les secteurs 0–20°E et 20–40°E, tandis que pour TIR18, ce sont l'ENSO, l'PDO, le DMI, l'AMO et la superficie de glace dans les secteurs 20–40°E et 40–55°E qui jouent un rôle. Les auteurs attribuent ces différences à la proximité de l'océan et aux trajectoires des masses d'air.
Où est sa force
La force de ce travail réside dans l'application de l'analyse causale de Liang–Kleeman, qui permet d'évaluer la direction de l'influence des indices climatiques sur l'enregistrement isotopique, et non pas seulement la corrélation. Cela fournit une base plus fiable pour interpréter les signaux climatiques dans les carottes de glace.
Vers où avancer
À essayer
Pourquoi cela peut compter
Si la méthode de Liang–Kleeman s'avère robuste sur différentes carottes, elle pourrait devenir un outil standard pour les paléoclimatologues, permettant de distinguer les signaux causaux du bruit et de mieux comprendre les réponses régionales aux modes climatiques globaux.
Travaux voisins dans notre archive
L'archive est vide autour de ce travail : l'analyse la plus proche n'est qu'à 0.50, contre 0,64 d'ordinaire. Il semble qu'on ait peu foré à côté.
Les deux carottes ont été forées à seulement cent kilomètres l'une de l'autre, mais leurs spectres isotopiques diffèrent plus que ceux de certaines carottes séparées par des milliers de kilomètres. La raison en est que les masses d'air qui atteignent TIR18 viennent de l'est et portent un signal plus continental, tandis que celles qui atteignent FK17 viennent de l'ouest, au-dessus de la mer de Weddell.