La Lune n'est pas seulement un satellite, c'est une cloche gravitationnelle en puissance. Lorsque des corps massifs entrent en collision, l'espace-temps tremble, et ce tremblement, les ondes gravitationnelles, fait vibrer tout ce qu'il rencontre. Sur Terre, ces vibrations se noient dans le bruit sismique en dessous de 10 Hz, et dans l'espace, l'antenne LISA n'entend que les millihertz. Entre les deux, une gamme silencieuse de décihertz où l'on suppose que résonnent les fusions de trous noirs de masse intermédiaire. Le projet LILA (Lunar Interferometer for Low-frequency Astrophysics) propose de placer un interféromètre laser sur la Lune, où le fond sismique est de plusieurs ordres de grandeur plus faible que sur Terre, et où le vide élimine les perturbations acoustiques. La surface lunaire devient une scène idéale pour un tel instrument.
La clé de la sensibilité réside dans les modes résonants de la Lune. Lorsqu'une onde gravitationnelle traverse le satellite, elle excite ses oscillations propres, comme un coup porté à une cloche. Ces modes peuvent amplifier la réponse de l'interféromètre jusqu'à $10^4$ fois aux basses fréquences. Les auteurs de l'étude ont calculé les bruits fondamentaux pour un interféromètre sans suspension : le bruit thermique de l'optique, dû aux fluctuations aléatoires des atomes à 300 K, domine en dessous de 0,1 Hz, tandis que le bruit de grenaille du laser, lié à l'incertitude quantique du nombre de photons, domine au-dessus. Pour LILA Pioneer, avec une base de 5 km, la sensibilité caractéristique atteint ~$10^{-21}$ à 1 mHz, comparable à LISA mais avec une extension dans la gamme des décihertz. LILA Horizon, avec une base de 40 km et une configuration triangulaire, améliore la sensibilité d'environ un ordre de grandeur.
Cette approche est fondamentalement différente : les détecteurs terrestres suspendent leurs miroirs pour les isoler des secousses sismiques, tandis que les antennes spatiales flottent librement. LILA utilise la Lune elle-même comme élément résonant, ouvrant ainsi la fenêtre des décihertz. Jusqu'à présent, aucune estimation quantitative de la sensibilité d'un interféromètre laser lunaire sans suspension, prenant en compte les modes résonants réels de la Lune, n'avait été réalisée. On montre désormais que LILA Pioneer atteint une sensibilité d'environ $10^{-21}$ dans la gamme millihertz-décihertz, comblant le fossé entre LISA et les détecteurs terrestres. Cela a été rendu possible grâce à la combinaison de modèles analytiques du bruit thermique et du bruit de grenaille avec des données numériques sur les modes normaux de la Lune et leur facteur de qualité.
L'utilité pratique de ce travail réside dans la justification de la conception des futures missions lunaires. Si LILA est construit, il pourra enregistrer les fusions de trous noirs de masse intermédiaire, les naines blanches doubles et, peut-être, le fond d'ondes gravitationnelles primordiales. Cela élargira notre compréhension de l'évolution stellaire et de l'Univers primordial. Une question reste ouverte : le niveau réel du bruit sismique lunaire dans la gamme des millihertz. Aucune mesure directe n'existe, et la sensibilité pourrait être limitée par des bruits locaux inconnus. La prochaine étape consiste à modéliser en détail le bruit thermique des composants optiques spécifiques et à développer un laser stabilisé pour les conditions lunaires. La Lune, silencieuse depuis des siècles, pourrait se mettre à chanter pour ceux qui savent écouter.
La poussière lunaire soulevée par les micrométéorites crée une lumière diffusée, mais sa contribution au bruit est de 5 ordres de grandeur inférieure au bruit de grenaille du laser.
L'idée d'utiliser la Lune comme détecteur d'ondes gravitationnelles fait écho à la nouvelle d'Arthur C. Clarke « La poussière de lune », où l'environnement lunaire est utilisé à des fins scientifiques, bien que dans un contexte différent.