Deux moitiés inséparables d'une même entité : c'est ainsi que naissent les muons, liés par une propriété commune. Si l'une des moitiés « regarde » vers le haut, l'autre pointe immédiatement vers le bas. Ce lien, décrit par le modèle standard, ne faiblit pas même lorsque l'une des particules disparaît. La particule restante révèle instantanément ce qu'était la particule perdue. Plus important encore, l'intrication ignore l'ordre temporel : les observateurs peuvent se disputer sur ce qui s'est passé en premier, mais le résultat reste inchangé. La raison en est la constance de la vitesse de la lumière, qui brouille la distinction entre « avant » et « après ». Cela s'inscrit dans la philosophie de Niels Bohr et Werner Heisenberg : les mesures ne révèlent pas une réalité objective, elles fournissent simplement un langage pratique pour les calculs. Et voici la surprise : ces particules éphémères nous parviennent des hautes couches de l'atmosphère uniquement parce que le temps ralentit pour elles à des vitesses proches de celle de la lumière — sinon elles se désintégreraient bien avant de rencontrer nos détecteurs.
Les muons naissent lorsque les rayons cosmiques bombardent l'atmosphère. Chaque seconde, des centaines de ces particules traversent votre corps — invisibles et inoffensives.
Comme dans le film « Tenet », où le temps s'écoule dans des directions opposées, ici les observateurs ne parviennent pas à se mettre d'accord sur la chronologie — et la physique ne s'effondre pas pour autant.