La théorie du laser social décrit la société en s'appuyant sur le fonctionnement d'un laser. Les gens, à l'instar des atomes d'hydrogène dans un cristal, absorbent des flux d'information et s'en chargent. Lorsque le nombre de ceux qui sont chargés d'une même idée dépasse celui des indifférents, même un signal faible — un post, un appel — pousse tout le monde à agir comme un seul bloc. Ainsi naît une action collective dirigée, au lieu d'un bruit discordant.
Le résultat pratique : si l'on mesure l'intensité de l'attention publique (l'équivalent de l'intensité du rayonnement), on peut repérer l'approche du point de bascule entre le désordre et l'unité. Les analystes appellent cela des changements brusques — le moment où l'énergie accumulée se libère en avalanche. Un tel outil permettrait de prévoir les mouvements de masse avant qu'ils ne commencent.
Le premier laser, construit par Townes et ses collègues, fonctionnait avec un rubis et une lampe flash. Aujourd'hui, ses descendants lisent les codes-barres et découpent le métal, et l'idée même d'amplification cohérente aide à modéliser les explosions sociales.
Le modèle rappelle la psychohistoire de la série « Fondation » d'Isaac Asimov, où les mathématiques prédisaient l'avenir des civilisations.