La lumière des galaxies lointaines traverse les lentilles d'un télescope comme à travers une pile de vitres. Chaque vitre est recouverte d'un film mince pour réduire les reflets. Mais ce film agit comme un filtre polarisant : une composante de l'onde lumineuse passe un peu plus facilement, l'autre un peu moins. Résultat : l'onde tourne légèrement, et le télescope ne voit pas exactement ce qui se trouve dans le ciel.
Les scientifiques ont construit un modèle informatique qui suit le trajet de la lumière à travers les lentilles en tenant compte de toutes les couches du revêtement. Il s'avère que dans un télescope typique destiné à l'étude du fond diffus cosmologique (le faible écho micro-onde du Big Bang), l'angle de polarisation tourne de 0,05 à 0,5 degré selon le point du champ de vision. C'est comme si l'aiguille d'une boussole déviait imperceptiblement pendant que vous vous déplacez sur une carte.
Cette rotation est dangereuse car elle mélange deux signaux distincts : la carte de température (luminosité) et la carte de polarisation. Si l'on ne corrige pas cette erreur, des taches fantômes apparaîtront dans les données, ressemblant aux traces d'ondes gravitationnelles primordiales. Or, c'est l'un des objectifs majeurs des expériences actuelles.
La nouvelle méthode de calcul permet de prédire à l'avance comment les revêtements vont déformer le signal dans chaque télescope particulier. On peut alors apporter la correction avant même les observations, comme on règle l'optique avant une prise de vue. C'est une étape importante pour que les futures cartes du fond diffus cosmologique soient véritablement propres.
Une rotation de polarisation d'un demi-degré équivaut à l'angle que parcourt l'aiguille des minutes en cinq secondes — mais pour la recherche des traces de la naissance de l'Univers, même une telle petitesse est cruciale.