Un photon de rayons X frappe le capteur comme un caillou tombe dans une eau calme. L'eau, c'est un film mince d'aluminium et de manganèse, refroidi presque au zéro absolu. L'impact sur le film fait naître une onde de chaleur, et la hauteur de cette onde permet de savoir combien d'énergie le photon a apporté.
C'est le principe de la spectroscopie à transition supraconductrice, une méthode qui aide déjà à observer des galaxies lointaines et à chercher la matière noire. Mais jusqu'à présent, ces détecteurs pour rayons X étaient fabriqués avec deux couches de métaux différents. C'est compliqué et coûteux. Les auteurs de l'article ont utilisé un alliage d'aluminium et de manganèse – il est plus facile à déposer sur un substrat, et la température de transition vers l'état supraconducteur se règle facilement.
Les tests dans un cryostat avec un amplificateur à interféromètre quantique supraconducteur ont montré que le capteur distingue deux quanta de rayons X si leurs énergies diffèrent d'au moins 12,1 électronvolts. Pour une énergie de 17,48 kiloélectronvolts, cela représente une précision relative de 0,07 pour cent. Aucun détecteur de cet alliage n'avait jamais atteint une telle performance.
Un spectromètre de rayons X précis, c'est comme une oreille très fine qui perçoit non pas le volume, mais la hauteur de chaque son individuel. Avec lui, on peut déterminer de quels éléments est composée une matière sans détruire l'échantillon. Ces instruments seront utiles en science des matériaux comme en astronomie, quand on veut savoir ce qui brille dans une étoile lointaine.
L'énergie de 17,48 kiloélectronvolts correspond au rayonnement X du molybdène – c'est justement ce métal que l'on utilise souvent pour calibrer les détecteurs, car il produit une raie spectrale très pure.