À la surface d'un film mince d'oxyde de bismuth-fer, on distingue de fines stries régulières, comme les sillons d'un champ labouré. Ce qui se trame en dessous était jusqu'ici un mystère. Un nouvel instrument nommé DREDI sonde le matériau avec des électrons et, en une fraction de seconde, dresse une carte des champs électriques à différentes profondeurs avec une précision de dix nanomètres — soit mille fois plus fin qu'un cheveu humain.
Sous la surface, les stries ne disparaissent pas : elles s'enroulent en tourbillons, à l'image des remous d'une rivière. Plus bas encore, près du fond, chaque tourbillon se divise en trois bras — comme un fleuve qui se sépare en chenaux. Ces fourches triples naissent du fait que la couche inférieure du matériau est légèrement comprimée et fissurée, et ces fissures forcent les champs électriques à changer de direction.
Ces motifs électriques enchevêtrés pourraient devenir la base de la mémoire du futur : au lieu de stocker des bits sous forme de charge, on pourrait utiliser la direction même de l'enroulement du tourbillon. Et la nouvelle méthode DREDI permet pour la première fois d'observer ces motifs en volume et en temps réel — comme de regarder l'eau d'une rivière s'écouler sans avoir à plonger dedans.
La précision en profondeur de la méthode est inférieure à dix nanomètres. C'est comme mesurer l'épaisseur d'une feuille de papier avec une précision d'une seule fibre de cellulose.