Fine comme une bulle de savon, une membrane de nitrure d'aluminium est suspendue au-dessus d'une plaque miroir, avec entre elles une couche d'air d'un micromètre d'épaisseur. Lorsqu'elle reçoit une lumière infrarouge invisible à l'œil, d'une longueur d'onde d'environ 15 micromètres, la membrane se met à vibrer au rythme de la lumière — comme une corde qui ne répond qu'à sa propre note. Sous l'effet de la vibration, elle s'échauffe légèrement et sa résistance électrique change. C'est ainsi que naît le signal.
Le secret de cet accord fin réside dans le matériau lui-même. Les atomes du nitrure d'aluminium oscillent à une fréquence précise, et c'est la lumière de cette fréquence qui est absorbée le plus fortement. En suspendant la membrane au-dessus d'un miroir, les physiciens ont fait en sorte que la lumière se réfléchisse et la traverse plusieurs fois, renforçant l'absorption. Et pour que la membrane chauffe et refroidisse plus vite, ils y ont percé des trous réguliers — comme une passoire, qui chauffe plus vite qu'une casserole pleine.
Le capteur a été testé en l'éclairant avec de la lumière infrarouge de différentes longueurs d'onde. Il n'a répondu qu'à une bande étroite, de 14 à 18 micromètres, avec une réponse maximale à 15,48 micromètres — exactement là où la théorie le prédisait. La sensibilité s'est révélée élevée : une variation de résistance de 920 millionièmes par milliwatt de lumière incidente.
À quoi cela sert-il ? De nombreux gaz et substances laissent leur « empreinte » dans la lumière infrarouge précisément à ces longueurs d'onde. Un capteur compact, réglé sur la « note » voulue, pourrait déterminer en quelques secondes si l'air contient du monoxyde de carbone ou un autre polluant, sans être gêné par les signaux de tout le reste. Et si l'on assemble plusieurs membranes réglées différemment, on obtient un spectromètre miniature — un appareil qui décompose la chaleur en couleurs, comme un prisme décompose la lumière du soleil.
La longueur d'onde de 15,48 micromètres est environ 30 fois plus fine qu'un cheveu humain, et c'est précisément à cette longueur que « résonne » la liaison entre les atomes d'aluminium et d'azote dans le cristal.
Dans la série « The Expanse », les vaisseaux recherchent les fuites de gaz à l'aide de spectromètres — de tels capteurs pourraient en être une version miniature.