L'espace-temps ressemble à un cristal géant. Les ondes gravitationnelles, nées des collisions de trous noirs, ne se contentent pas de le faire trembler : elles laissent des défauts indélébiles — des défauts de bord, comme si l'on insérait un plan d'atomes supplémentaire dans le cristal, et des défauts vis, où les couches s'enroulent en spirale. C'est cela, la mémoire gravitationnelle : une déformation résiduelle qui ne disparaît jamais.
Détecter directement cette ondulation n'a pas encore été possible, mais des « horloges célestes » ultra-précises — les pulsars — pourraient bien y parvenir. Fait notable, l'idée n'est pas nouvelle : dès les années 1970, des physiciens avaient prédit cet effet sans modifier la théorie d'Einstein, mais en proposant un modèle parlant — à l'instar de l'étude des défauts en physique du solide. John Wheeler comparait ce comportement de l'espace-temps à celui de la matière vivante.
L'idée de la mémoire gravitationnelle remonte aux années 1970, mais la détection directe de cet effet reste un défi — le décalage attendu est si infime.