Un trou noir est invisible, mais la lumière de la matière surchauffée qui tourbillonne à proximité le trahit. Cette lumière est comme un agent double : d'un côté de l'orbite, elle bleuit en se rapprochant de nous ; de l'autre, elle rougit en s'éloignant. Mais la gravité elle-même (en courbant l'espace-temps) recolore aussi les rayons, leur soutirant de l'énergie. Pour distinguer un effet de l'autre, les scientifiques comparent les témoignages de deux « informateurs » symétriques. La différence entre leurs couleurs, mesurée par l'analyse spectrale, permet, grâce à des formules simples, de calculer la masse du trou noir et la distance qui nous en sépare — comme si l'on pesait un invisible en écoutant le tremblement de la voix d'un complice.
La méthode n'est pas perturbée par le mouvement global du système : même si le trou et sa suite filent à travers la galaxie, la symétrie sauve les calculs.
La couleur de la lumière émise près d'un trou noir peut changer si radicalement qu'un rayonnement ultraviolet se transforme en infrarouge — uniquement à cause de la gravité, sans aucun mouvement.
Dans « Interstellar », on voit la lumière se courber autour du trou noir — exactement ce que les nouvelles formules utilisent pour « peser » l'objet.