Posez deux réveils identiques sur une table et déclenchez-les en même temps. Si l'un d'eux se trouve sur une surface glissante et commence à déraper lentement, son mécanisme se dérègle — et au bout d'une minute, ils sonneront en décalé. C'est à peu près ainsi que fonctionne la nouvelle méthode proposée par des astrophysiciens pour les trous noirs supermassifs. Sauf qu'au lieu de réveils, ce sont des éruptions de lumière X, et au lieu d'une table glissante, c'est l'espace lui-même, tordu par la rotation du trou.
Les auteurs ont calculé comment les rayons de lumière émis d'un point proche du trou parviennent jusqu'à un observateur lointain. Une partie des rayons contourne le trou dans le sens de sa rotation — c'est comme courir sur un tapis roulant en mouvement, les vitesses s'additionnent. D'autres rayons vont à contre-sens de la rotation — et l'espace les freine. Résultat : la lumière arrivant de la gauche et de la droite de l'axe de rotation retarde différemment. Cette différence a été nommée asymétrie miroir du temps d'arrivée, ou [formula]$A_t$[/formula].
Plus le trou tourne vite et plus l'éruption est proche, plus le décalage est marqué. Pour les trous supermassifs typiques au centre des galaxies, le décalage temporel peut atteindre plusieurs heures. Ce n'est pas qu'un simple fait curieux : en mesurant une telle asymétrie, les astronomes peuvent directement « tâter » la rotation du trou, même s'ils ne le voient pas lui-même. La méthode promet de devenir un nouvel outil en cartographie X des abords des trous noirs — là où l'espace et le temps se comportent comme un caoutchouc étiré et tordu.
Si le trou noir supermassif au centre de la Voie lactée tournait presque à vitesse maximale, la différence de temps d'arrivée de la lumière d'une même éruption pourrait atteindre environ une heure — le temps de cuire un gâteau.
Dans le film « Interstellar », les héros subissent un ralentissement du temps près d'un trou noir — la nouvelle méthode capture un effet similaire, mais non pas pour les voyageurs eux-mêmes, mais pour la lumière qu'ils pourraient voir.