Deux particules se comportent comme une paire de dés insolites : lancées aux deux extrémités de l'Univers, elles retombent toujours sur le même résultat. Le physicien John Bell a calculé que si les dés obéissaient à des règles cachées, la fréquence des coïncidences aurait une limite stricte. Les expériences d'Alain Aspect, qui confirment le modèle standard, ont franchi cette limite — preuve que la connexion entre les particules, plus rapide que la vitesse de la lumière, ne rentre pas dans le cadre habituel. Trois scientifiques cherchent une explication. Le premier : il n'y a pas de règles, seul règne le hasard fondamental, comme l'entropie engendre inexorablement le désordre. Le deuxième : l'observateur est toujours limité et ne voit pas l'image complète. Le troisième : ajoutons des dimensions supplémentaires, et les limites disparaissent. La conclusion la plus inattendue vient de Bell lui-même : ce qu'il faut abandonner, ce n'est pas la non-localité (la connexion instantanée), mais le réalisme — la croyance que les particules possèdent des propriétés prédéfinies. Cela bouleverse notre conception de la réalité.
La force des corrélations quantiques dans notre espace tridimensionnel est limitée (la limite de Tsirelson). Dans des mondes avec un autre nombre de dimensions, les corrélations pourraient être bien plus fortes.
La connexion instantanée des particules est l'analogue physique de l'ansible de la science-fiction, ce dispositif de communication à distance décrit dans les romans d'Ursula Le Guin.