Un grain de poussière en lévitation dans un piège laser est un pendule idéal pour mesurer la gravité. Il flotte dans le vide, sans toucher les parois, et son mouvement ne dépend que des forces extérieures. Dans ces travaux, on propose un capteur amélioré : un qubit mécanique « comprimé » basé sur un oscillateur non linéaire. C'est un système où la force de rappel croît de manière non proportionnelle au déplacement — comme si un ressort devenait plus rigide lorsqu'on l'étire fortement.
L'astuce principale réside dans un mode de balancement particulier. La particule est soumise à deux impulsions laser décalées en fréquence. C'est comme si on poussait une balançoire non seulement en rythme, mais aussi en comprimant le mouvement lui-même : l'amplitude dans une direction devient plus grande, et dans l'autre, plus petite. Ce pendule « comprimé » réagit beaucoup plus fortement à une faible impulsion gravitationnelle. De plus, la sensibilité augmente avec la masse de la particule — plus le grain est lourd, plus son déplacement est perceptible.
Le prix à payer pour l'amplification, c'est le bruit. Le frottement ordinaire contre les molécules de gaz résiduel (amortissement mécanique) se transforme, dans l'état comprimé, en bruit anisotrope : il affecte différemment les deux composantes des oscillations. C'est comme si un microphone à directivité prononcée rendait la voix plus forte, mais ajoutait aussi le bruit de la rue de manière inégale. Les auteurs ont trouvé un équilibre entre le gain en signal et la perte par décohérence, ce qui ouvre la voie à de véritables gravimètres quantiques à particules en lévitation.
Les particules en lévitation sont déjà utilisées dans les détecteurs de matière noire : si une particule sombre entre en collision avec un grain de poussière, celui-ci tressaute, et cette secousse peut être détectée.
Dans le roman « Solaris » de Stanislas Lem, l'océan de la planète réagit avec sensibilité aux perturbations gravitationnelles — presque comme un gravimètre vivant.