L'orchestre entre en scène, et voilà que la scène se met à bouger avec les musiciens. C'est ainsi que se comporte un cristal mou lorsqu'un ordre quantique y naît : le réseau cesse d'être un plancher rigide, il crée lui-même un piège pour les particules et glisse avec lui.
Dans un réseau rigide, la cohérence quantique succombe à la chaleur, car la moindre vibration des atomes dérègle la danse synchronisée des électrons. Mais si le cristal est mou, le couplage entre les excitations et la déformation du réseau devient fort. Les excitations courbent elles-mêmes le réseau, et il apparaît une déformation localisée, semblable à une onde stable, capable de se déplacer librement dans le cristal.
Le mouvement du piège ouvre un gap, qui croît avec le nombre de particules et empêche la chaleur de détruire l'ordre. C'est pourquoi la superfluorescence dans les pérovskites molles persiste même à température ambiante. La scène qui bouge avec l'orchestre ne se contente pas de protéger les musiciens des secousses de la salle. Elle devient elle-même partie de la musique, reliant tous les instruments en une seule sonorité qui ne se défait pas, même dans une salle surchauffée.
Le piège solitonique peut glisser sur le cristal sans changer de forme, comme une vague le long d'une corde tendue. C'est ce glissement, et non le piège lui-même, qui protège la cohérence quantique.
L'idée d'une structure auto-engendrée qui protège un état quantique du chaos thermique fait écho au concept de « boucliers actifs » en science-fiction, par exemple aux champs de force générés par le vaisseau lui-même pour protéger son équipage.