Une vitre se fissure : elle vibre en émettant un son, d'abord un grondement, puis un silence, puis à nouveau un grondement. Des « fissures » similaires, appelées cordes cosmiques, sont apparues dans les premières fractions de seconde après le Big Bang, lorsque l'Univers s'est rapidement étendu. Ces filaments sont plus fins qu'un atome, mais plus massifs que des étoiles. Leurs vibrations se propagent sous forme d'ondes gravitationnelles à travers l'espace-temps courbe. Sans la matière noire, découverte par Vera Rubin, les galaxies se disperseraient. Les détecteurs LIGO (créés par Rainer Weiss) captent ces ondulations.
Une nouvelle théorie affirme que les ondes issues des cordes présentent un motif particulier : un plateau régulier, un creux abrupt, puis un autre plateau. Le creux apparaît lorsque la corde change de nature, un peu comme une fissure dans le verre qui deviendrait soudain métallique et sonnerait différemment. Mais la grande surprise, c'est que ce creux agit comme un thermomètre. Il indique précisément la température à laquelle « bouillait » la soupe de quarks — le mélange primordial de particules à partir duquel sont nés les protons et les neutrons. Contrairement au rayonnement fossile, qui dépeint l'Univers 380 000 ans après le Big Bang, les ondes gravitationnelles des cordes nous parviennent des tout premiers instants. Les futures antennes spatiales, comme LISA, en captant cette trace, prouveront que la matière noire est constituée d'axions, nés en même temps que les fissures, et lèveront le voile sur le mystère des masses.
La dépression gravitationnelle sert de thermomètre cosmique : elle révèle la température à laquelle le bouillon primordial de quarks a bouilli dans les tout premiers instants après le Big Bang.