À 460 années-lumière de nous, autour de l'étoile HD 135344B, orbite un disque dense de gaz et de poussière. Il ressemble à un disque vinyle géant que quelqu'un aurait fêlé : une cavité béante s'ouvre dans le disque, et à travers elle, tel un pont fragile, s'étire un filament de poussière. À côté de ce filament, en lumière diffusée, on distingue une torsion — une inflexion du bras spiral, comme s'il avait été retenu un instant puis relâché.
Les astronomes ont rassemblé des images provenant de quatre instruments — VLT/NACO, VLT/SPHERE, VLT/ERIS et James Webb/NIRCam — sur une décennie. Ils ont appliqué des algorithmes qui suppriment les artefacts dus à la lumière intense de l'étoile sans déformer les structures étendues. Il s'avère que la torsion se déplace avec la spirale à une vitesse de 0,81±0,05 degré par an. Cela correspond presque aux mesures antérieures de 0,85±0,05 degré par an.
Ce mouvement s'explique naturellement si une planète géante se cache dans la cavité. Sa vitesse orbitale à une distance de 69±4 unités astronomiques (deux fois plus loin que Neptune ne l'est du Soleil) correspond au déplacement observé de la torsion. Une image récente, sur laquelle on croyait voir la planète elle-même, n'était qu'un artefact de traitement — un fantôme né de l'algorithme. Mais la torsion, la spirale, la cavité et le filament de poussière s'assemblent en un motif unique, dessiné par une main invisible.
tel que rédigé par les auteurs, en anglais arXiv:2606.10624
The HD 135344B (SAO 206462) disk exhibits strong signposts of planet formation. ALMA images in the sub-mm revealed a gap-crossing dust filament whose position coincides with a twist detected in the scattered-light spiral structure. Analysis of the spirals in polarized light also hints at a spiral-driving protoplanet in the sub-mm gap. We aim to study the spirals dynamics, as well as the twist, over a 10-year baseline, in different bands. We also seek to assess the authenticity of a recently claimed candidate protoplanet. We use high-fidelity post-processing algorithms such as IPCA to minimize the biases induced by ADI on extended sources and analyze archival VLT/NACO, VLT/SPHERE, VLT/ERIS and JWST/NIRCam datasets to obtain the spiral traces and measure their orbital motion in multiple scattered light bands. We measure an average spiral orbital motion of 0.81$$\pm$$0.05 deg/yr, in agreement with the literature value of about 0.85$$\pm$$0.05 deg/yr at all wavelengths. With simple modeling of the twist morphology, we confirm that it is co-moving with the spiral in which it is embedded. While the position angle of the twist coincides with the dust filament, it is located at a smaller angular separation from the star, which we attribute to the fact that the spiral trace moves away from the central star with increasing wavelength. We find that a recently claimed protoplanet candidate can be explained as a post-processing artifact. Our confirmation that the motion of the scattered light twist is consistent with the orbital velocity of a planet at 69$$\pm$$4 au over a 10-year baseline suggests that the spirals, the gap, the dust filament, and the twist, could indeed be attributed to the same hypothetical protoplanet embedded within the spiral. A perplexing trend for a wavelength-dependence of the angular distance of the spiral traces to the central star remains to be explained.
Une unité astronomique est la distance entre la Terre et le Soleil. La planète invisible dans le disque de HD 135344B se trouve 69 fois plus loin de son étoile que la Terre ne l'est du Soleil, c'est-à-dire presque en bordure du Système solaire, si on la transposait chez nous.
Dans le roman « Rendez-vous avec Rama » d'Arthur C. Clarke, des humains explorent un objet mystérieux qui dissimule ses secrets derrière une paroi. Ici, c'est pareil : la planète reste invisible, mais sa présence est trahie par une signature gravitationnelle dans la poussière et la lumière.