Un trou noir n'est pas simplement une tache sombre dans l'espace. C'est une région où la gravité comprime la matière si fort que même la lumière ne peut s'en échapper. Parmi tous les trous noirs possibles, l'un se distingue : le trou noir en rotation de Kerr. Sa description a longtemps été considérée comme liée aux équations d'Einstein, comme une recette de cuisine attachée à un livre de recettes spécifique.
Les auteurs de ces nouveaux travaux ont montré que l'unicité du trou de Kerr peut être prouvée sans ce livre. Ils n'ont utilisé que les symétries (la façon dont l'espace-temps paraît identique lors des rotations) et les conditions à grande distance du trou. C'est comme déterminer la forme d'une bulle de savon en ne regardant que son ombre et en sachant qu'elle est ronde. Aucune équation de la gravitation n'a été nécessaire.
Cette découverte est un pont vers les théories de la gravité quantique, qui tentent de « lisser » les singularités. Si l'unicité du trou de Kerr ne dépend pas d'équations spécifiques, alors toute modification de la gravitation devra en tenir compte. Les travaux complètent le célèbre théorème de Penrose sur les singularités, mais vont plus loin : ils montrent que même sans les équations d'Einstein, on ne peut échapper à la singularité.
La solution de Kerr pour un trou noir en rotation a été trouvée en 1963, mais son unicité en relativité générale n'a été prouvée que des décennies plus tard. Ce résultat est maintenant étendu au-delà de la gravitation einsteinienne.
Dans le film « Interstellar », le trou noir supermassif Gargantua est un trou de Kerr en rotation. Sa visualisation repose sur des calculs réels du physicien Kip Thorne.