Un minuscule défaut dans un cristal de nitrure de bore se comporte comme une petite lampe témoin. Éclairé, il émet une lumière dont la teinte dépend de la température : plus il fait chaud, plus elle vire au rouge. Parallèlement, si on l'irradie avec des micro-ondes, sa luminosité se met à clignoter au rythme du champ magnétique externe. La raison ? Le spin de l'électron, un analogue quantique de la toupie, qui change d'orientation sous l'effet du magnétisme. Ainsi, une source ponctuelle renseigne indépendamment sur la chaleur (par la couleur) et sur le champ magnétique (par les pulsations). La méthode remonte aux travaux de Isidor Isaac Rabi sur la résonance magnétique, et les lasers modernes, inventés avec la participation de Charles Townes, ont permis d'étudier des défauts uniques.
Il s'avère que ce capteur est si petit qu'on peut le placer à l'extrémité d'une fibre optique, obtenant ainsi un détecteur de l'épaisseur d'un cheveu, capable de sonder l'intérieur d'une puce en fonctionnement ou d'une cellule vivante. Contrairement aux dispositifs similaires à base de carbone (diamants), le nitrure de bore est bon marché et facile à usiner. Cette technologie ouvre la voie à des appareils multifonctions abordables, où la spectroscopie et la photométrie se combinent à l'analyse du magnétisme.
Des défauts uniques dans le nitrure de bore peuvent être fixés à l'extrémité d'une fibre optique, créant ainsi un thermomètre-magnétomètre de l'épaisseur d'un cheveu humain.
Un tel capteur est presque un tricordeur de « Star Trek » : un minuscule appareil qui mesure simultanément la température et le champ magnétique.