Le trou noir de Schwarzschild est le modèle le plus simple en relativité générale. Mais dès qu'on passe à la gravité téléparallèle (TEGR), où la torsion remplace la courbure, l'horizon pose problème. Certaines quantités construites à partir de la torsion tendent vers l'infini. Comme si l'horizon était une déchirure de l'espace, et que le trou noir n'existait pas en tant qu'objet cohérent.
Les auteurs de l'article ont découvert que tout dépend d'un réglage caché. La géométrie de Schwarzschild en TEGR se divise en deux classes. Dans la première, singulière, les infinis sont réels — l'horizon est retranché du monde. Dans la seconde, régulière, il n'y a pas d'infini, et l'horizon devient un point ordinaire à travers lequel on peut poursuivre son chemin. Ce réglage, c'est le secteur de Lorentz, une partie de la géométrie invisible dans la métrique mais qui influence la torsion.
Les auteurs ont utilisé trois méthodes indépendantes : la condition de système inertiel, des coordonnées qui pénètrent l'horizon, et un critère de régularité de l'horizon. Toutes ont pointé vers la même classe de fonctions du secteur de Lorentz pour laquelle l'horizon reste calme. Pour cette classe, tous les invariants de torsion sont finis, et on peut construire un prolongement analytique au-delà de l'horizon.
Ainsi, le trou noir de Schwarzschild en TEGR connaît une seconde vie. L'horizon cesse d'être un mur mathématique et devient une frontière franchissable — comme dans la théorie einsteinienne. Cette découverte lève une vieille contradiction et montre que la gravité téléparallèle peut décrire les trous noirs sans pathologies, à condition de bien prendre en compte ses degrés de liberté internes.
En relativité générale ordinaire, l'horizon de Schwarzschild est une singularité de coordonnées que l'on peut éliminer par un changement de coordonnées. En TEGR, la singularité peut être physique — et alors l'horizon est vraiment un « trou » dans l'espace.
Si l'horizon n'est pas un mur mais une porte, le voyage à travers un trou noir cesse d'être de la science-fiction. Dans le roman « Contact » de Carl Sagan, l'héroïne traverse des trous de ver — peut-être qu'avec le bon secteur de Lorentz, cela deviendrait réalité.