Un biofilm bactérien ressemble à une ville de mucus. Les maisons en sont les microbes eux-mêmes. Les rues et les ponts sont de longues molécules de polymères que les bactéries sécrètent à l'extérieur. Toute cette construction n'est pas figée : les ponts se rompent et se ressoudent sans cesse.
Les auteurs de l'étude ont assemblé un modèle informatique « jouet » d'une telle ville. Dans ce modèle, chaque bactérie et chaque molécule-pont est une particule de grande taille qui se déplace selon des règles physiques simples. Les liaisons entre elles s'activent et se désactivent selon des lois probabilistes particulières — comme si un petit agent de circulation actionnait un interrupteur à des moments aléatoires. Les commutations aléatoires ont permis de reproduire fidèlement la nature vivante et respirante du biofilm.
Le résultat est une carte simple de cette lutte. Si les liaisons « polymère-polymère » l'emportent, le mucus devient plus homogène et élastique. Si les liaisons « polymère-bactérie » prennent le dessus, les microbes se retrouvent collés à mort dans un réseau lâche. Comprendre cette rivalité est un premier pas vers le calcul futur de la façon dont un biofilm s'écoulera dans un tuyau ou se détachera d'une surface.
Un vrai biofilm peut être dix fois plus résistant que ses filaments polymères individuels — précisément parce que ses liaisons se rompent et se réorganisent en permanence, absorbant de l'énergie.